ROLEPLAY


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#1 Multilingual 

 

 


Présentation

Dans ce recueil, on a souhaité ouvrir plus amplement les mystères du désert ardent. Devant la fascination de sa présence muette, ses mystères sont l’essence d’un lieu, d’un culte ou bien d’une légende. Il y a un esprit puissant dans ce désert et aussi des secrets fascinants qui ont irrigué l’inspiration des auteurs qui collaborent à son écriture par leur fervent engagement ou présence dans la culture Fyros. Voilà donc cet album d’évocations, de souvenirs et de recherches qui peuvent servir d’inspiration aux homins confortablement assis sous les dunes caressées par le vent ou au cœur d’une oasis luxuriante.

À suivre...

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#2 Multilingual 

Recettes occultes fyros




“Yubo à la façon ardente” *

 
Conseil: si vous souhaitez que ce mets culinaire soit un succès, il est conseillé de le façonner sur place, en plein milieu du territoire Matis.

1 - Attraper un beau gros yubo en pleine course, par les oreilles ;
 
2 - L’attacher par les pattes arrière à un joli tronc d’arbre – si possible un résineux comme l’alinea– au centre d’un bois de quelques dizaines d’hectares ;
 
3 - Sans plus de façons, mettre le feu à TOUTE la forêt ;
 
4 - Manger la bête sans sel, assis sur les braises encore chaudes et parmi les émanations sublimes de cet incendie sylvestre.


* Pour des raisons de sécurité nous ne dévoilerons pas l’identité de l’auteur de cette recette.



“et à titre de dessert...” 

1 - Choisir une grosse tranche de pain croûte et mie, rassis, bien sûr.

2 - Frotter ardemment avec une sécrétion de kincher jusqu’à subjugation.

3 - Arroser en long et en large d’huile et de shooki, une vraie fanfare. La difficulté est que ça marie bien, que l’huile transperce toute la masse jusqu’à l’âme, et que ça gazouille, et que ça bourdonne, et que ça fouette.

4 - Croquer à pleines lèvres, sans vergogne, je veux dire sans peur et sans reproche, comme si vous survoliez la Canopée.
 

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#3 Multilingual 

S'il y a bien un homin qui représente le mieux les différents aspects de ce que peut être un fyros, celui-ci se nomme Azazor Eridlo Mirihus.
Azazor est une sorte de fyros idéal. Il se bat comme personne, parle haut et fort, sait mouler les écritures, voyage et s'engage à mille et une expéditions. Heureusement, j’ai eu la chance de me voir confier quelques-uns de ses écrits avant son départ vers les Anciennes Terres.



Le secret des caves de Lydix Deps


Auteur: Azazor Eridlo Mirihus


On raconte beaucoup de choses sur ce que cachent les caves de Lydix. Certains disent qu’il y entrepose ses meilleures cuvées de liqueur de shooki qu’il ne partage qu’avec une poignée d’initiés. D’autre prétendent qu’il y a construit un autel à la gloire du Grand Glouglou et que s’y réunissent les adeptes du culte pour des cérémonies alcoolisées.

C’est bercé par tous ces mythes sur les caves de la Patte du Yubo qu’un jeune fyros du nom de Petrus Atrobus décida d’en percer le mystère. Pour cela, il se fit embaucher comme assistant auprès du barman, aidé en cela par son grand oncle, cousin par alliance de la mère de Lydix. Bien sûr, son travail ne se faisait qu’au bar, à nettoyer les verres et les assiettes, à servir à boire quand Lydix devait s’absenter pour une quelconque raison, le ménage une fois les clients partis et bien sûr le service à table.

Un soir, alors qu’il terminait de laver le sol, il entendit un bruit sourd provenant de la cave, comme si quelqu’un avait tapé sur un tonneau géant avec une masse. Appelant Lydix, il se rappela qu’il était seul au bar, le barman étant parti en lui laissant le soin de faire la fermeture, avec interdiction explicite d’aller dans la cave. Celle-ci était fermée à clé, avec la clé bien placée en évidence à côté de la porte. Le jeune Petrus savait qu’il ne devait surtout pas aller à la cave. Mais il devait savoir. Il avait là une occasion unique de voir ce qu’il y avait dans ces fameuses caves. La clé en évidence était peut-être un piège, destiné à berner le garçon. Probablement Lydix y avait-il placé une fausse clé, gardant la vraie avec lui. Petrus la prit tout de même et tenta d’ouvrir la porte, sans trop y croire. Celle-ci, contre toute attente, s’ouvrit après un tour de clé. Derrière, régnait l’obscurité la plus absolue. Un nouveau bruit sourd se fit entendre, plus fort maintenant que la porte était béante. Prenant une bougie, il descendit prudemment une à une les marches, éclairé par la faible lueur de la flamme.

Arrivé en bas, ce qu’il vit le glaça d’horreur. Il n’y avait pas de cave, mais seulement un long tunnel noir et humide. Celui-ci devait bien mener quelque part. Aussi le jeune fyros entreprit-il d’avancer dans le tunnel, écoutant le bruit sourd qui se faisait de plus en plus fort à mesure qu’il parcourait les centaines de mètres du souterrain.

Le tunnel finit par déboucher sur une espèce de grotte, avec des tonneaux de shooki entreposés contre les parois et un puits au centre. Cela ne surprit par Petrus car il savait, de par ses cours d’histoire, que Pyr avait été bâti sur un point d’eau. D’ailleurs, en fyrk, pyr signifiait eau. Bizarrement, la température dans la grotte était plus élevée que dans le tunnel.

En s’approchant du puits, le fyros compris que le bruit sourd venait de là. Il hésita à se pencher pour voir. Il imaginait un gros tentacule sortir du puits pour l’entrainer vers les profondeurs. Mais son coeur de fyros était brave, aussi s’avança-t-il et pencha-t-il la tête par-dessus le rebord du puits. Il n’y vit d’abord rien qu’un trou noir sans fond. Un nouveau bruit sourd se fit entendre. Il crut alors apercevoir au fond comme une lueur, le temps du bruit. Trouvant au sol une vielle corde qui devait servir jadis à remonter l’eau, il fit un nœud autour de sa taille et un autre autour de la charpente du puits. N’écoutant alors que son courage, il s’engagea dans le trou insondable, prenant appuis sur les parois du puits pour ne pas glisser.

A mesure qu’il descendait, il sentait la chaleur monter, comme s’il approchait d’une source chaude. Soudain, un bruit plus fort que d’habitude se fit entendre, comme une sorte de grognement de créature titanesque. Sous ses pieds, il vit une colonne de flamme monter jusqu’à lui et l’entourer. La corde qui le retenait brûla instantanément tandis que sa propre chair commença à se boursouffler. Le souffle fut si intense qu’il le propulsa en dehors du puits. Les flammes envahirent la grotte, noircissant les tonneaux de shooki aux alentours.

Ce n’est que le lendemain que Lydix découvrit la porte de la cave ouverte, et tout en bas Petrus, à moitié carbonisé par les flammes.

Le jeune homin survécut à cette expérience. Mais plus jamais Lydix ne prit de stagiaire dans son bar. Quand on lui demanda pourquoi il gardait des tonneaux de shooki tout près d’un puits de flamme, il répondit laconiquement que c’était un secret de fabrication, et que c’est pour cela qu’il n’en parlait à personne et interdisait à quiconque de descendre dans sa cave. Quant à ce qui avait provoqué cette colonne de flammes, nul n’a pu apporter de réponse satisfaisante. Et toi jeune lecteur, en as-tu une à proposer ?

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#4 Multilingual 

À la fois, ranger dévouée, barde talentueuse et hoministe par nature, elle est avant tout une des plus importantes gardiennes des souvenirs d’Atys. Elle détient un esprit créatif inné et nul ne pourra contester sa maîtrise et sa connaissance sur la culture fyros, dont elle a déjà rédigé de multiples publications. Elle me fait, en effet, la grande faveur de m’autoriser à partager, ici, une histoire surprenante sur la mystérieuse architecture de certaines rues de Pyr




Un jeu d'enfants

Auteur: Lylanea Vicciona

(Mes remerciements à Dorothée pour son aide à la traduction française)

Aux jours de la construction de Pyr, les Fyros durent relever un défi qu'ils n'avaient jamais rencontré auparavant dans leur existence. Sculpter littéralement une inédite maison dans le corps même d'Atys, dans un pays nouveau et étrange.Comme le peuple fier et féroce qu’ils sont, ils l'ont bien sûr bâti avec courage.

Le vaste camp de réfugiés installé autour de la base de la souche de l'une des branches géantes d'Atys était bondé et sans ressource. La nourriture y était rare, car l'ancienne profusion d'animaux sauvages avait rapidement été réduite à une fraction de ce qu'elle était avant l'arrivée de la masse des désespérés. Et l'eau était encore un autre problème. Elle devait être transportée sur une grande distance, depuis l'oasis d'Oflovak à l'ouest, une tâche pénible et fastidieuse.

Mais ceux qui connaissaient le fonctionnement de Mère Atys, qui avaient étudié ses cycles de vie, savaient que dans chaque branche de la grande plante, il y avait forcément de l'eau. Car les branches gigantesques elles-mêmes la puisaient dans leur bois depuis les profondeurs sous l’écorce. Les branches encore vivantes d'Atys, qui formaient la canopée de la plante mère, étaient fortes et vertes. Mais cette branche cassée, qui, longtemps avant l'arrivée des homins, était tombée et s'était lentement décomposée dans la poussière du grand désert, ajoutant sa masse aux dunes sèches de sciure. À présent, il ne subsistait que sa souche ; en apparence morte, mais les homins et homines sages savaient qu'il devait y avoir de l'eau au plus profond de son corps de bois géant. Les Fyros devaient juste la trouver.

Ainsi, la Reine Leanon, nouvellement couronnée, chargea les meilleurs mineurs, bûcherons et architectes du peuple de percer la branche titanesque, comme les termites percent les arbres.

Après de nombreux essais et de nombreuses tentatives, ces experts parvinrent à une conclusion.

La plus grande veine d'eau d'une branche se trouve probablement quelque part au milieu de celle-ci, et la meilleure façon de l'approcher ne serait pas depuis le côté ouest. Là où son écorce était la plus épaisse et la plus solide, elle constituerait un rempart contre les tempêtes de poussière et permettrait d'y découper de futures habitations. Y creuser un tunnel serait une catastrophe.

Non, ils allaient commencer à excaver du côté opposé. À l'est, là où la branche s'était courbée sous le vent et avait amorcé son chemin sinueux vers les cieux. Là, le bois était plus tendre, plus souple et plus facile à couper et les ouvriers pourraient travailler à la lumière du jour, sans risquer d'enflammer le bois avec des torches, car ils pourraient juste y creuser des chemins, au lieu de creuser des tunnels et ouvrer dans l'obscurité dès le premier jour.

Une grande cohorte de travailleurs volontaires se fraya donc un chemin dans la basse colline de bois qui formait la base sud de la branche, se taillant un large espace pour placer les outils et se reposer. Au début, il n'y avait guère d'outils à répartir entre les ouvriers, mais bientôt un homin intelligent (ou une homine) comprit que le bois de la branche lui-même pouvait être utilisé pour fabriquer des outils, coupé avec précision par les meilleurs artisans et durci par la chaleur de la sève brûlante, qui jaillissait naturellement du sol.

De là, ils taillèrent deux chemins légèrement sinueux, le long des motifs naturels de la fibre du bois. C'était une précaution à prendre au cas où l'un de ces chemins s'effondrerait ou si le bois était pourri à un certain endroit. Heureusement, il n'y avait pas de pourrissement ou de maladie dans la vieille branche.

Malgré tout, les accidents sont inévitables dans une grande entreprise comme celle-ci. Des homins et des homines tombèrent d'échelles ou d'échafaudages, furent écrasés par des effondrements ou moururent simplement de vieillesse et d'épuisement. Ces quelques personnes, qui ont donnèrent leur vie à la recherche d'une nouvelle demeure pour leur peuple, méritent le plus grand respect.

Leurs âmes furent renvoyées à la sciure à l’emplacement même où l'ancien empereur Cerakos avait été brûlé, leurs cendres soigneusement rassemblées et conservées dans des jarres délicatement sculptées. Mais où les placer ? Pendant un certain temps, elles furent recueillies dans un petit espace à l'entrée de la place presque ronde nouvellement ouverte. Près de l'endroit où, un jour, les portes de la ville devaient être disposées. Ainsi, chaque homin et chaque homine qui passerait près d'elles se souviendrait du sacrifice consenti par leurs compagnons de travail et serait invité à rester prudent dans leur tache, afin de ne pas alourdir leur nombre. Au fur et à mesure que le grand chantier avançait, les accidents se firent plus rares, chacun acquérant plus d'expérience et s'habituant de plus en plus à ce travail harassant. Les gens continuaient à travailler et passaient toujours devant le petit groupe de jarres contenant leurs cendres. Un rappel constant de ce pour quoi les gens travaillaient et se battaient, sécurité, sécurité.

Un jour, un contremaître remarqua que des enfants jouaient dans la foule des ouvriers. Leurs petites silhouettes se faufilaient ici et là dans un jeu de cache-cache. Alors qu'il allait les chasser du dangereux chantier, ils disparurent tous les uns après les autres et il fut bien en peine de les retrouver. Croyant qu'ils avaient eu peur, il retourna à ses occupations.

Il les remarqua à nouveau, courant à travers les chemins, se faufilant derrière les chariots et les caisses, se cachant des tas de bois et de poussière. Une fois encore, il voulut les chasser et une fois de plus, ils disparurent sans laisser de traces. Perplexe, le costaud regardait autour de lui et se gratta la tête. Où pouvaient aller ces petits morveux, au milieu de cette multitude bourdonnante d'activités ? Comment pouvaient-ils être là un instant et disparaître aussitôt ?

Un petit gloussement lui parvint à l'oreille. Immobile, il se concentra pour localiser le son avec ses oreilles. Ancien chasseur, il lui fut facile de séparer le rire du vacarme des travailleurs. À sa gauche, provenant d'un mur. Il marcha nonchalamment dans la direction d'où provenait le rire difficilement étouffé. Là, derrière une pile de sacs de grains, tissés de fibres grises et rugueuses, il y avait à peine assez d'espace pour qu'un petit enfant puisse s'y faufiler, donc le petit coquin devait être derrière ces sacs. Il n'était pas en colère contre les enfants, juste un peu agacé et surtout inquiet pour leur sécurité. Il appela donc doucement la personne qui se cachait là. Les rires s'arrêtèrent brusquement, l'enfant réalisant qu'il avait probablement fait une erreur et attiré sur lui la colère d'un adulte. En soupirant, le contremaître saisit les deux sacs les plus hauts et les poussa sur le côté.

Pas d'enfant !

« Hein ? »

Il déplaça deux autres sacs et les mit de côté.

Toujours pas d'enfant ....

Avec précaution, l'homme s'agenouilla et regarda attentivement le mur.Il y remarqua un petit morceau de tissu, la bordure d'une tunique verte d'enfant. Il sortait de l'ombre d'un petit recoin du mur. Avec précaution, il le prit dans sa main et tira doucement dessus, en parlant doucement, pour ne pas effrayer l'enfant. Une petite fille apparut, un peu maigrichonne comme elles le sont toutes ces temps-ci. Sous une foule de cheveux ébouriffés de couleur miel, des yeux comme des charbons ardents brillaient et des dents, blanches comme les nuages les plus purs, lui souriaient. Elle éclata de rire, comme un rayon de soleil, un jour d'orage. Elle essaya de lui échapper, mais l'espace était trop étroit et il put l’attraper doucement de son grand bras droit, il la retourna et la souleva jusqu'à ses épaules tandis qu'il se redressait pour se mettre debout. Elle avait environ 7 ou 8 cycles. Elle riait toujours avec une gaieté insouciante. Elle était vêtue d'une tunique artisanale ornée de petits yubos multicolores brodés sur les revers.

Légère comme une plume...

Alors qu'il sortait du chemin étroit et fraîchement taillé, tout autour de lui, d'autres enfants sortirent de leurs cachettes. Sous des chariots et les caisses vides, derrière les bâches flottantes de l'échafaudage ; un petit aventurier audacieux sortit même de la cabane que les ouvriers avaient érigée à l'autre bout du grand espace ouvert. Alors qu'il jetait un dernier coup d'œil à la petite cavité dans laquelle elle s'était cachée, elle le frappa.

Légère comme une plume, et une urne contenant des cendres ...

Et juste un peu plus grande, quand elle s'accroupit.

Ce fut son tour de rire. Et il se mit à marcher d'un bon pas en la portant dans le camp de réfugiés. Les autres enfants le suivaient dans un joyeux brouhaha, tandis qu'il leur disait d'être prudents et de ne pas jouer sur le site de construction. Après les avoir remis à leurs parents, il irait directement voir l'architecte en chef pour lui faire part de son idée.

À ce jour, ceux qui sont tombés pour le bien de leur peuple, qui ont donné leur vie pour la protection de l'empire et de ses homins, qui sont morts en véritables fyros, auront reçu le plus grand honneur que l'empire puisse leur offrir. Leurs cendres seront placées dans une niche, dans les murs des deux premiers chemins qui mènent au grand Pyr. Plus tard, ces voies seront connues sous le nom d'avenue Arispotle et Cerakos. Les cendres des héros de l'empire y seront déposées également.

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#5 Multilingual 

Remords

Une histoire basée sur des fait réels


Ce que vous allez lire causera sans doute sur vous une certaine confusion. Cependant, je suis déterminée à vous présenter une confession (la mienne) et à décrire en détail la terrible énigme qui ne cesse de me tourmenter.

Il y a quelques jours, une étrange sensation de remords s'est produite dans mon esprit, je ne pouvais retenir plus longtemps ce mutisme ancré en moi. Je me dois d’ avouer ! Mais à qui? Je suis sûre que tout ce que j'ai écrit jusqu'ici ne suscite que votre perplexité. Néanmoins, je vous prie d'aller de l'avant et de lire mon histoire jusqu'à la fin. Si vous le faites, vous comprendrez pleinement les désagréments qui troublent ma conscience.

La vérité est que je ne sais pas par où commencer, car les faits que j'ai l'intention de traiter sont d'une nature vraiment peu commune. Pour être honnête, je suis à court de mots, car les mots de mon vocabulaire semblent totalement inadéquats pour traiter la totalité des détails. En tout cas, je vais essayer de présenter les évènements dans l'ordre chronologique, tel qu'ils se sont produits.

Je rentrais à Thesos après une longue journée de forage dans le Couloir Brûlé. J’avançais lentement avec mon mektoub … Au début, la nuit était si sombre qu'on ne pouvait rien apercevoir. Je me trouvais au milieu du chemin abrupt qui mène à la garnison de la Garde Impériale Fyros. Cependant, l’approche aux bâtiments des troupes me réconfortait. Peu à peu, je distinguais, au loin et d'un côté, une forme lumineuse qui émergeait me causant une véritable curiosité.

C'est dans l'ombre de ce lieu, entre la faible lueur des flammes vacillantes qui chassaient péniblement l'obscurité que j’ai vécue la pire des nuits de ma vie.

Soudainement, la forme lumineuse s’est concrétisée comme une silhouette homine, devant moi! Comment avait-elle atterri ici? Loin de son écosystème naturel, de son biotope! Une silhouette vaporeuse qui brillait d’une étrange aura, et que de plus je reconnaissais parfaitement! Je descendis vite de ma monture et me dirigeai avec entrain vers elle, sans avant faire un lucio tant sa présence dans cet endroit m’était invraisemblable. Je l’ai eu à côtoyer quelquefois et j’ai beaucoup apprécié son caractère désinvolte et gentil, mais ce qui me perturbait en particulier c'était ses yeux lumineux et aigus, comme si elle pouvait voir à travers les choses.

Je lui fis un signe de ma main en proférant avec enthousiasme un: lordoy Krill!

En regardant la présence muette et immobile de l’homine - l'absence totale d’expression et de réponse - je remarquais comment une émotion inéluctable se forgeait dans les ténèbres de mon for intérieur. Sa fiole, pleine de byhr, était devenue intrinsèquement le prolongement de son bras et même le plus terrible des tremblements de terre n’aurait pu la détacher de son corps. Je m’assis, en face d'elle, et entrelaçais les doigts de mes mains, posant les index étendus l'un sur l'autre, les plaçant contre mon menton, de la manière que, si en la scrutant de mon regard noir une vérité ou un mensonge surgirait de sa bouche. Mais la brave trykette restait inexpressive tel un tonneau de byhr vide.

Soudainement, mon regard fut attiré par un morceau de papier qui gisait près de la main-fiole de Krill. Je le saisis en un éclair et l’examina de plus près. Ensuite, abasourdie par le contenu, j’ai eu l’étrange sensation de ce que tout qui m’entourait formait un paysage morbide, où régnait une ambiance de fin du monde. Fort heureusement, les gardes n’avaient rien remarqué de ma découverte. Qui sait ce qu’ils auraient compris de ce pli et du pourquoi je le possédais ? Quelle idée ai-je eu de rentrer par ce chemin si tard! Pourquoi Pyrus Mekops, le contremaître du poste, gardait un geste flegmatique, perdu dans ses pensées? Que dissimulait Krill? Qu’avait-elle vue vraiment? Était-elle sous le choc d’un traumatisme profond?

Affolée, je me suis remémoré d’effrayants épisodes vécus par Pephoan Kridix, mais aussi certaines narrations poignantes d’Azazor. Et que dire de la présence suspecte à la soirée de l’Académie Impériale d’un individu plus que douteux? Je pris mon mektoub et courus le plus vite que je n’avais jamais couru. La panique me propulsa à une vitesse que je n’aurai jamais cru atteindre. Trois fois je perdis l’équilibre et me ressaisis pour reprendre ma course effrénée. Heureusement, je connaissais parfaitement le terrain. La réalité était trop difficile à absorber en une seule fois, mais il fallait que j’atteigne Thesos au plus vite.

La SECTE n’était pas éteinte, telle était ma plus affreuse certitude.

L’image de mon fils adoptif Uzykos ne me quittait pas. Je devais le mettre à l’abri d’urgence avant qu’un malheur advienne. Dans le passé, Eeri m’avait indiqué un refuge loin des regards indiscrets, un lieu où Uzykos serait protégé et pris en charge selon mes plus profondes convictions.


Cette nuit-là, les varynx les plus téméraires purent entendre le vent du désert moduler:

“Elle abritait le feu en elle.
Elle se demandait si ça allait la relever
ou si ça la consumerait.
Elle savait que le feu n'a pas d’entendements.
Les raisons étaient uniquement les siennes,
d’elle et le courage."






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#6 Multilingual 

nuk i orulfyren

Auteur: Azazor Eridlo Mirihus



Une pauvre histoire sera contée
d’un groupe d’homins de nos contrées.
Perdus sur la route des ombres
Ils croisèrent un homin sombre.
Marchand fyros il semblait être
Mais d’un noir culte il était maitre.
De son pouvoir il fit spectacle
Afin de faire signer un pacte.
Mais un refus lui fut rendu
Alors sa haine leur apparut.
Une zoraï fut capturé
Et tous les autres furent étripés.
Des nouvelles terres tous le savaient
Des enlèvements étaient notés.
Dans le lac des eaux tourmentées
Des ossements furent aussi trouvés.
La zoraï réussit à fuir
A l’Empire elle put s’enquérir.
Appel à l’aide pour retrouver
Tous ceux qui étaient prisonniers.
Une armée bientôt fut levée
Afin d’aller les rechercher.
Les patriotes, les faces brûlées
Tout c’que l’Empire eut pu donner.
Bientôt ensemble ils se trouvèrent
Devant le camp des pauvres hères.
Les disparus étaient présents
Mais par leurs yeux étaient absents.
La folie tous les habitait
alors ils furent exterminés.
Pas un des fous n’y échappa
Seuls des cadavres placés en tas.
Le culte de fyrak est puissant
Mais notre Empire l’est tout autant.
Si un jour le culte se relève
Levons nos armes et qu’il en crève.

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#7 Multilingual 

Homin aux multiples facettes, célèbre conteur d’Atys, il parcourt les bars ou sa présence est hautement appréciée par ceux qui souhaitent écouter des histoires jalonnées de vérité. Provocateur ou pacificateur? Ce qui est certain: son art pour bouleverser vos certitudes!

Auteur: Husyrèch


Ambassadeur émérite de la Cellule auprès des Nations,
Président d'honneur du CIC,
Commandant de la Discipline du CIC,
Gardien de la Justice du CIC,
Juge de la Vérité du CIC,
Amant d'Yren,
Conteur, tout simplement.


Lykos et Stevano : récit d'une rencontre




Notre histoire commence en 2562, au palais impérial. Un messager ranger vient d'arriver, affirmant ce que disaient les murmures de Pyr : un Second Essaim se prépare, et les capitales doivent être évacuées au plus vite, vers l'Oasis Secret des kamis. À ce moment, Lykos ignore encore qu'il vivra deux évènements qui changeront sa vie à jamais ...

En plein milieu du convoi hominitaire allant de Pyr à l'Oasis, une horde de kitins des profondeurs sortie de nulle part fend la foule, coupant effectivement en deux la marée homine. Sans hésiter un seul instant, sharükos Dexton appelle à lui les patriotes et fonce sur les kitins, afin de gagner un peu de répit pour les civils à la traîne. Les quelques fyros, rapidement submergés par le nombre des kitins blancs, leur opposent néanmoins une résistance farouche.

Alors que le bouclier fyros est sur le point de tomber, un allié inattendu rejoint Dexton : Yrkanis, accompagné de sa garde d'élite et baigné dans la Lumière de la Déesse, court aider son vieil ennemi. Une scène surréaliste s'ensuit : on peut voir côte à côte des Légionnaires défendant des Nobles, et des Alkianes relever des fyros vacillants.

Loin devant, Lykos, qui guide le convoi, ne se doute pas un seul instant de ce qui est en train de se tramer à l'arrière garde. Ce n'est qu'une fois arrivé à l'Oasis qu'il apprend que son père est resté en arrière, mort pour défendre une dernière fois ce en quoi il croyait. Lykos sent les larmes monter, mais il n'a pas d'autre choix que de les réprimer. Lui qui a vécu toute sa vie dans l'ombre confortable de son père sait que désormais, il est seul, désespérement seul, et qu'il va devoir assumer un poste qu'il n'a jamais désiré.

De son côté, Stevano peine à contenir sa joie : lui qui aspire depuis sa plus tendre enfance à remplacer son père, un roi qu'il juge faible, bien trop proche des autres peuples, trop tolérant, à l'opposé complet de son idole : Jinovitch. Plus besoin d'empoisonnements ou d'un rebelle fantoche pour arriver à ses fins : Jena a enfin exaucé ses prières en rappelant son père à elle.

Dans le refuge des Anciennes Terres, les inimitiés entre homins ne tardent pas à réapparaître, le climat de tensions exacerbé par la promiscuité imposée ... Les quatre dirigeants vont se réunir rapidement, afin de calmer le jeu : si cet essaim ressemble au Premier, ils vont devoir cohabiter pendant au moins deux ans ...

Mabreka, terrifié de voir autant d'homins d'un coup, lui qui est habitué au calme absolu de sa Chambre de Méditation, ne participe que de façade aux réunions. Denen, lui, est en train de voir son autorité en tant que gouverneur démocratiquement élu depuis 30 ans remise en cause par Ailan Mac'Kean, qui n'a toujours pas digéré sa défaite aux élections et lorgne avec convoitise la pique de Denen. Il ne reste donc plus réellement que Lykos, le capryni apeuré, et Stevano, le ragus enragé.

D'apparence, tout est écrit pour que Stevano mange Lykos et qu'il prenne de fait le commandement du camp des réfugiés, et pourtant ... La relation entre les deux homins prend rapidement un tournant inattendu.

Stevano, voyant ce fyros faible, se surprend à vouloir le protéger, comme on protègerait un yubo trop mignon contre les autres carnivores. Lui qui n'a jamais fonctionné qu'à la Haine, ne comprend pas pourquoi il agit ainsi, mais ne peut s'en empêcher. Lykos, s'il n'est pas un bon meneur d'homins, n'est néanmoins pas bête, et voit bien en Stevano les graines d'un Jinovitch bis. Il sait qu'il ne sera jamais un bon sharükos, mais il pourra au moins empêcher Stevano d'être un terrible Roi. Ainsi, il honorera à sa façon la mémoire de son père, certes charismatique sharükos mais surtout un grand diplomate, qui mourut aux côtés de matis pour protéger l'Hominité.

Et c'est ainsi que les matis et les fyros en vinrent à diriger conjointement le Refuge, montrant une inimitié de façace afin de ne pas faire hurler les patriotes et sujets, mais agissant dans l'ombre main dans la main afin d'apaiser les tensions et de faire régner le calme et la paix. Les deux dirigeants se rapprochèrent discrètement, la haine se transformant petit à petit ...

Un soir, après une énième réunion, Stevano partit marcher avec Lykos, comme ils en avaient désormais coutume. Ils discutèrent de tout et de rien, quand ils arrivèrent à leur clairière favorite, où ils venaient pour leurs discussions réellement privées. Stevano sortit de derrière un arbre, caché par un petit tissu, un Bothaya en pot. "J'ai demandé à mon meilleur Botaniste de planter une graine du sharük, en attendant que tu retrouves les dunes de Pyr et les gorges du Canyon Interdit", lui dit un Stevano tout ému.

Ne pouvant se retenir, Lykos se jetta dans les bras de Stevano et l'embrassa avec toute la passion qu'un fyros pouvait avoir. Ce dernier ne résista pas, bien au contraire, et les deux homins partagèrent une nuit torride, la première d'une longue série ...


Les mois, puis les années, défilèrent dans le camp des Réfugiés, et l'on en vint presque à oublier les tensions du passé. Nos deux homins purent vivre en toute tranquillité leur histoire d'amour, que rien ne semblait pouvoir arrêter. Hélas, ou heureusement, le second essaim se retira petit à petit des Nouvelles Terres, et le jour du retour arrivait à grand pas. Déchiré de devoir se séparer, Lykos trouva une parade : il ordonna au plus fidèle de tous ses fidèles, Mephyros Xytis, de rejoindre le Karan. D'apparence un traître, il aurait la lourde tâche d'éduquer les enfants de Stevano, et de faire le messager secret entre l'Empereur et le Roi.

La relation entre les deux ne s'arrêta pas là, bien au contraire, et on raconte qu'une des premières actions de Lykos sur le continent fut de se rendre discrètement à Yrkanis, où il planta avec Stevano au coeur de son jardin personnel le Bothaya de l'Exil.

LA PREUVE

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#8 Multilingual 

Wixarika se posait ces derniers temps pleins de questions qu’auparavant elle n’eût pas daigné aborder. La découverte fortuite d’un premier feuillet de journal, commencé puis jamais continué par sa regrettée amie, lui apportait soudainement un certain répit.

Ce manuscrit date de la jeunesse de sa protagoniste et Wixarika entreprend sa retranscription du seul fait que le style est fatalement atroce.

Traces

Auteur: Eeri



Avancer. Savoir ce qu’il y a après la prochaine dune. Plus loin.
Elle n’avait jamais eu personne pour l’en empêcher. Son oncle, enfin, celui qu’elle apellait oncle, le bon fyros qui l’avait recueillie et élevée, savait qu’il n’y avait rien à faire. Une seconde d’inattention, et la petite disparaissait en sortant par une fenêtre, pour se faufiler vers la porte nord de pyr. Celle ou il est le plus facile de sortir de la ville sans trop se faire remarquer, en passant derrière les quelques gardes qui roupillaient là. Et elle avançais, chaque jour un peu plus loin. Oflovak, les dresseurs d’eau. L’oasis.

"Que fais tu là toute seule, petite ??"

Au début, lorsqu’elle était vue, la fillette se cachait, partait en courant. Ou plongeait et nageait aussi vite que possible de l’autre coté de la rive, sans se rendre vraiment compte que les homins du camp auraient plus vite fait de marcher puis de l’attendre de l’autre coté du lac, s’ils voulaient la poursuivre. Mais jamais ils ne l’ont fait. Et Jena seule sait combien la fyrette avait une aversion pour la nage, encore bien des années après. Mais les dresseurs d’eau n’ont jamais fait plus attention que ça. Qui verrait un danger dans une petite fyros de 7 ou 8 ans à peine, seule, un petit couteau chipé on ne sait ou en guise de dague. Mais la fillette revenait, encore et encore, et au fil du temps les homins s’en amusaient.

"D’ou viens tu? Veux-tu un kookie? Tu devrais être à l’école !"
“L’école? dey.”

L’école, elle y allait seulement les jours ou son oncle réussissait à l’attraper par le col de son hobenyx, pour l’emmener jusqu’à la porte de la classe. Puis ils vaquaient à leurs occupations, et lorsqu’elle les observait, ils lui racontaient toutes sortes d’histoires. Des histoires fyros, mais beaucoup mieux qu’à l’école ! Le grand dragon, fyrak, les habitants du désert, les dangers, les frahars... La fillette savait qu’à son âge, s’aventurer plus loin, et traverser les territoires des chasseurs de frahars aurait été trop dangereux pour elle. Donc elle revenait là, émerveillée par leurs histoires sur l’immensité du désert. Et un jour, l’un deux lui demanda :

"On t’a déjà raconté l’histoire d’Oflovak, à l’école?"
"ney, répondit la fillette, c’est ici, l’oasis !" et elle montrait du doigt le lac, un peu plus loin, fière, quand même d’avoir appris quelque chose là-bas.
L’homin sourit, et s’agenouilla à son niveau.
"Oflovak, ney. Mais je parle d’Oflovak Rydon, celui qui a donné son nom à l’Oasis."
La fillette resta silencieuse un moment puis sourit malicieusement :
"j’ai dû rater ce cours là"
L’homin fronça les sourcils, amusé :
"C’est pour ça qu’il te faut y aller ! Mais je vais te raconter ça. Alors, vois-tu, il y a bien longtemps, les homins vivaient très très loin d’ici. Plus loin que tu ne peux imaginer"
"De l’autre coté des tours de frahar ?" demandant la fillette "Beaucoup plus loin encore. Très très loin. Un endroit ou nous ne retournerons sans doute jamais."

L’homin raconta ce qu’il savait de tout ça. La grande et fière cité de Fyre, l’incendie de Coriolis, le grand essaim. Les kitins. Puis finalement, Oflovak Rydon, l’apparition d’Elias, les arc-en-ciel, l’arrivée dans les nouvelles terres... Puis son voyage pour relier l’ancien monde... La fillette posait tant de questions qu’il était difficile pour l’homin de rendre à l’histoire sa parfaite chronologie. Qu’importe.
"Je veux en savoir plus" s’écriait t’elle !
"Pourquoi les homins ne sont pas repartis avec lui? Qu’y a t’il entre ici et là-bas? Ce Rydon, Il vit encore? Les rangers, ils peuvent aller là-bas? Il était grand comment, Oflovak?"
"Mais pour savoir tout ça, ma p’tite, il faut aller à l’école ! Apprendre à lire, et tout. Je peux pas t’apprendre ça, moi. Et quand tu sauras lire, c’est toi qui viendra me raconter des histoires !"

À quelques mètres de là écoutait une fyros, âgée, le dos un peu vouté. Elle mit vaillamment son sac de colporteuse sur le dos, comme si elle était sur le départ. Mais avant de partir, elle s’approcha.
"Il a raison. Tu n’apprendras pas tout dans une bibliothèque, mais tu y apprendras beaucoup. Le reste, c’est d’observer, de questionner. Tout ce que tu verras. Même ce que tu viens d’entendre."
À ces mots, le fyros rit doucement et salua l’homine, qui répétait une fois de plus
les mots "questionner, tout questionner" avec l’index levé.
"oren fyraï, Deutheus, bonne route !"

À partir de ce jour, la fillette de manqua plus une journée d’école. Elle apprit à lire, et s’entraînait quotidiennement dans le but de passer un jour et par elle même, la montagne infranchissable qu’étaient les Tours de Frahar. Lorsqu’elle fut un peu plus grande, quand elle eut fait le tour du désert, puis découvert les primes racines, la jungle, les lacs... Lorsqu’il ne lui restait plus beaucoup de nouveaux lieux à découvrir, elle se remémora cet épisode de sa vie, et commença à questionner. Avancer, Savoir ce qu’il y a après la dernière falaise. Plus loin.

Les bibliothèques offrent des réponses aux vivants.
Les vivants le sont tant qu’ils ont encore des questions.
Questionner, tout questionner.
Chercher.
La vérité mène à la liberté.

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#9 [fr] 

Hetyllic est un tryker au petit bedon bien rebondi par les années passées à goûter la bière brassée par sa guilde, les célèbres Brasseurs d'Oflovak. On dit qu'il fut initié au culte du Grand Glouglou par le légendaire Carolus Dunkel, qui lui appris les secrets du tonneau des Dames à Ivres.

Les cuvées impériales, ou l’histoire des meilleures liqueurs de shooki de mémoire d’homins.

Auteur: Hellytic




Mon nom est Hetyllic, goûteur chez les Brasseurs d’Oflovak, et je vais vous parler de la meilleure liqueur de shooki jamais fabriquée, j’ai nommé la cuvée impériale. Peu d’homin la connaisse, si ce n’est éventuellement comme rumeur. Et pourtant, la cuvée impériale est une réalité. Il s’agit d’une liqueur de shooki servie uniquement à la table de l’Empereur. Elle sert pour les convives de marque, les hautes personnalités de l’Empire et bien sûr la famille impériale. Alors n’espérez pas en boire la moindre goutte. Quoique, Avinos pourrait vous dire qu’il a déjà goûté une lampée, du temps de sa jeunesse. Mais c’est une autre histoire. Laissez-moi plutôt vous raconter ce que cette cuvée a de spécial.

Quand la plupart des liqueurs de shooki fermentent en cuve pendant 40 jours, pouvant aller jusqu’à une saison complète pour les cuvées spéciales comme la célèbre cuvée d’Oflovak brassée par Lydix Deps, il est des shookis qui fermentent bien au-delà. Chez les barmans les plus réputés, on peut parfois déguster des shookis de 12, 15 voir 21 ans d’âge. Ces cuvées particulières nécessitent d’avoir une récolte de matières premières de qualité exceptionnelle, ce qui n’en fait pas une liqueur brassée tous les ans. Tout dépend du millésime, certaines années étant propices à une fermentation plus ou moins longue.
Pour la cuvée impériale, on passe à un stade encore au-dessus. Un peu d’histoire pour débuter. Tout commence à la mort de l’Empereur Arispotle. Son fils, Cerakos, qu’on appellera par la suite le Juste, décide alors de faire brasser une liqueur en son honneur, Arispotle étant, comme beaucoup de fyros, un grand amateur de shooki. Ce premier brassin se nommera cuvée Arispotle. Comme les Empereurs ne choisissent pas l’année de leur mort, pour avoir une cuvée au goût exceptionnel, il faut trouver une nouvelle façon de brasser la liqueur ne dépendant pas de la qualité de la récolte mais plus du savoir-faire.
Je ne connais pas toute la technique pour brasser les cuvées impériales, loin de là. Mais je peux néanmoins vous livrer quelques détails. Pour commencer, il est décidé par Cerakos que la cuvée sera laissée à fermenter pendant 50 ans. Ce nombre d’année, a priori arbitraire, est un pari sur l’avenir. Aucun Empereur n’ayant alors régné autant de temps, cela veut dire que la cuvée sera ouverte par le petit-fils de l’Empereur, ce qui représente un espoir dans la continuité de l'Empire. Il y a là l’idée que l’Empire est éternel.
Seulement, 50 ans de fermentation n’est pas possible pour un brassin ordinaire, ni même pour un brassin d’exception. Aucune récolte, fût-t-elle extraordinaire, ne peut être laissée à fermenter pendant autant d’années. Une autre difficulté réside dans le vœu de Cerakos de faire un brassin avec uniquement des matières premières du désert. Si les bourgeons de shooki, le miel et l’eau nécessaires à la liqueur de shooki viennent d’ordinaire du désert, ce n’est pas le cas de l’écorce de mitexi servant à fabriquer les tonneaux. En effet, l’écorce de mitexi du désert est trop sec et poreux pour faire un bon bois pour les tonneaux. Il est en outre plus dur à forger. Celui-ci vient donc des forêts matis. C’est quelque chose que peu de fyros savent, ou préfèrent ne pas savoir. Pourtant, le commerce de bois avec les matis a toujours été une réalité. Devant ces deux problèmes que sont la fermentation pendant un demi-siècle et la nécessité de s’approvisionner uniquement dans le désert, il faut trouver une solution. Celle-ci vient évidemment du désert. C’est le savaniel. L’écorce de savaniel est un puissant conservateur. Il est ajouté après la cuisson à feu doux du brassin, à froid. Malheureusement, il donne un goût infecte à la liqueur, sauf si on la laisse fermenter pendant 50 ans. Il y a probablement d’autre choses à faire pour se débarrasser du goût âcre, mais je ne peux rien dire dessus, ne faisant pas partie des brasseurs impériaux. Toujours est-il que l’écorce donne, à terme, un goût légèrement plus amer et boisé à la liqueur. Le savaniel sert aussi à imperméabiliser l’écorce de mitexi, grâce à l’huile obtenue de ses amandes. Le bois reste cependant très difficile à forger, et on raconte qu’il faut des mois pour créer la cuve qui servira à contenir la cuvée impériale.

Voilà pour ce qui est de la partie technique de la cuvée. Je peux encore vous raconter quelques anecdotes sur elle. Ainsi, saviez-vous que la meilleure cuvée serait celle de Cerakos le Juste ? Ou qu’il n’y eut jamais de cuvée Thesop car c’était un traître ? Qu’on ne but jamais les cuvées Abylus, Pythos et Krospas car perdues pendant le premier essaim ?
La cuvée Cerakos II mérite aussi sa petite histoire. L’ouverture de la cuvée Cerakos II eut lieu en 2531 par Dexton en personne. La cuvée n’a été préparée qu’en 2485, sur ordre de Leanon, la sœur de Cerakos II , deux ans après le retour des primes racines. Pyr n'était pas encore complètement construite, mais le brassin a pu se faire malgré tout. On l’a ouverte aux 50 ans de la mort de l’Empereur comme le veut la tradition, soit après 46 ans de fermentation. Il s’agit d’une exception due aux circonstances exceptionnelles, puisque Cerakos II est mort en 1481 dans les primes. La cuvée était donc un peu plus jeune que les autres cuvées impériales. 
Le sort réservé à cette cuvée est aussi particulier. Ce qu’il restait de la cuvée Cerakos II a disparu avec le second essaim, volé par les maraudeurs probablement. Les homins avaient alors autre chose à faire que de planquer de la liqueur de shooki, bien qu’on raconte qu’un tonneau ait été caché dans les étages inférieurs de l’Académie Impériale, avec d’autres objets de valeur. D'autres rumeurs racontent qu'au moment du second grand essaim, il ne restait déjà plus de cuvée Cerakos II car Dexton avait tout bu avec Still Wyler lors d'une soirée arrosée. Enfin, je peux vous affirmer qu’une partie de cette cuvée circula sous le manteau après un vol d’une bouteille par un serviteur du palais peu scrupuleux. Mais je préfère ne pas trop en parler. Si un jour vous croisez Avinos au bar, peut être, après quelques verres, se laissera-t-il aller à vous en parler.

Je pense avoir fait le tour de mes connaissances sur la cuvée impériale. Je comprends votre frustration à lire autant de détails sur une liqueur que vous ne goûterez probablement jamais. Mais j’estime qu’il était important de partager ce savoir. Qui sait ? Plus les patriotes seront au courant de l’existence de cette cuvée exceptionnelle, plus l’espoir grandira qu’un jour, un Empereur digne de ce nom acceptera de partager ce divin breuvage avec son peuple. On peut rêver...

Last edited by Jadeyn (2 days ago) | Reason: No translation.

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