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#1 [fr] 

Salutation Ba'Wity Codgan,

Nos entreprises progressent lentement mais sûrement.

Du côté des tribus avec qui nous sommes en relation, tout se passe bien.

Discuter avec les Illuminés est toujours aussi laborieux. L’une de leurs artisanes m’a toutefois fait part d’un élément intéressant : cela fait plusieurs années à présent que la Théocratie se tient à distance de leurs affaires, depuis qu’ils fournissent une certaine drogue à Supplice. De ce fait, ils arrivent à renouveler leurs effectifs sans être inquiétés pour quelques disparitions suspectes. Une partie de leurs recrues vient bien sûr des récoltes de leurs alliés Chlorogoo. J’ai effectué quelques patrouilles avec les Maraudeurs dans cette région des Primes et c’est vraiment un endroit où les gens se volatilisent facilement et discrètement. De plus l’attrait des Primes ramène régulièrement de nouveaux homins. Si nous avions à nouveau besoin de cobayes, ces trois groupes pourront probablement nous fournir, tout en attirant moins l’attention que les Esclavagistes ou les Antekamis. Ces deux tribus attendent d’ailleurs avec impatience nos prochaines commandes.

Dans le Royaume, tout va bien pour les Matisagoo et nos chargements arrivent sans problème. Leur relation avec la royauté reste au beau fixe. C’est la nation la plus ouverte à la science et les gardes ont suffisamment oublié mes frasques de jeunesse pour que je puisse de nouveau entrer à Yrkanis. J’ai récemment rencontré une chercheuse qui est aussi vassale, un contact des plus utiles ; nous avons rapidement abordé les sujets les plus passionnants, sans ces réactions pitoyables qu’on peut trouver ailleurs. Elle promet d'être une véritable alliée.

Concernant les réactions pitoyables, je t’avais parlé dans mon compte-rendu précédent des Drakani, dont un des membres révélait un certain attrait pour le savoir. J’avance doucement avec ce groupe ; ils sont susceptibles, pétris de valeurs insensées et d’un illogisme déroutant. Pour autant, ils voient peu à peu leur intérêt à baisser leur niveau d’ignorance. Cela est grandement facilité par le fait que certains d’entre eux ont été contaminés lors de la destruction de la pompe ; d’un mal peut sortir un bien. Ces infections les font s’interroger sur la pertinence des actions de la Théocratie et sur l’état de la science concernant la goo, mais aussi sur le rôle que les Puissances peuvent avoir par rapport à leurs graines de vie. Il y aura un long chemin avant qu’ils abordent les vraies questions et encore plus pour qu’ils comprennent l’intérêt de certaines de nos recherches, mais ils devraient déjà réagir avec un peu plus de délais la prochaine fois que quelqu’un les sollicitera pour ruiner quelque chose nous appartenant. Peut-être même qu’ils nous protégeront, qui sait ? Après tous, ils représentent les forces armées des Lacs et sont toujours prêts à défendre qui demande leur aide. Cela pourrait soutenir mes actions si vous les receviez sans bombes à goo, une autre fois. Ils sont, certes, horriblement agaçants, mais ils sont des alliés potentiels et utiles. Et puis ils sont trop stupides pour comprendre qu’il est temps de déguerpir lorsqu’on sort une mesure de dissuasion de ce genre : ce serait à la limite plus efficace de les envoyer aux Puissances le plus rapidement possible.

Du côté des maraudeurs, tout est aussi pitoyable pour la science. Il n’y a que des brutes et des enfants au camp de la Source Cachée, et même les décisions de leurs chefs semblent être motivées par le seul attrait des bagarres. C’est à se demander comment ils ont pu mettre en place leur technologie ; mais j’en ai déjà parlé dans un compte-rendu précédent. Je regrette vraiment que les vrais scientifiques maraudeurs soient si difficiles d'accès. Les maraudeurs ont l’avantage de ne pas s’effrayer de la goo et des diverses expériences : ils sont d’une neutralité absolue sur le sujet. Par ailleurs, les nations n’osent pas se frotter à eux. Mon laboratoire là-bas est peut-être dans un milieu bruyant, mais c’est finalement là où mes instruments auront été le moins brisés, et j’apprécie la sécurité que ces gardes braillards peuvent offrir.

Ils vont probablement poser la question de notre affiliation. Leur cheffe veut étendre son emprise sur les Nouvelles Terres, et cela passe par l’assimilation du maximum de tribus. Les Maitres de la Goo les ont ralliés depuis un bon moment maintenant et ne s’en plaignent pas, mais ils partagent la même vision guerrière de la reconquête des territoires. De notre côté, cela pourrait peut-être nous profiter aussi ; sans forcément rejoindre les maraudeurs, nous pourrions nous servir de cette pression pour motiver la Karavan à nous transmettre un peu plus d’informations. Les maraudeurs pourraient également décider de nous contraindre par la force, il faudra opérer avant qu’ils n’agissent dans ce sens. Si c’était le cas, nous ferons comme d’habitude, mais il me semble que la situation peut facilement tourner à notre avantage. D’autres de nos alliés vont peut-être aussi modifier leur affiliation, mais je ne pense pas que cela changera grand-chose à nos relations avec eux.

Pour le reste, rien de neuf. Les relevés dans les diverses zones du Pays Malade et des Primes sont stables et les scientifiques d’Atys sont plus difficiles à attraper que les Rois.

Que tes nuits soient fertiles,

Yon Muai-Heo

Edited 2 times | Last edited by Mazeyum (5 months ago)

#2 [fr] 

Salutation Ba'Wity Codgan,

J’ai accompagné les maraudeurs dans leur endoctrinement des Contrebandiers et des Sans Loi.

Il semblerait logique qu’Akilia cherche avant tout le soutien des tribus en rébellion contre les nations. Ces tribus les rejoindraient aisément, comme d’autres l’ont fait jusque là. Le choix des Contrebandiers est donc étonnant : le gouvernement tryker les tolère et s’en accommode même très bien, les autres pays sont en bons termes avec eux, et leur alliance avec la Karavan ne leur coûte probablement pas grand-chose. Le seul avantage tactique que je peux voir aux Contrebandiers est leur connaissance des chemins de traverse, mais ils ne partageront pas leurs secrets facilement. Sans surprise, ils n’étaient pas du tout intéressés pour changer de faction. Les maraudeurs se sont contentés de frapper jusqu’à ce qu’ils demandent grâce. Rochi Anichio a reconnu du bout des lèvres la suprématie des combattants de la Source Cachée afin de faire cesser l’affrontement, déclarant qu’ils seraient esclaves pour le moment, puisqu’ils n’avaient pas le choix, mais que leur loyauté ne leur serait jamais acquise. J’ai du mal à comprendre comment Akilia peut accepter ce genre d’alliés et comment cela est compatible avec les idéaux de liberté dont les maraudeurs parlent sans cesse. J’ai vraiment eu l’impression d’assister aux habituelles exactions des Nations et je crains que notre tribu et nos alliés subissent un harcèlement similaire si nous ne la jouons pas finement.

Il est évident que les maraudeurs se préparent des moments agités avec cette « affiliation » et je ne serais pas surpris de voir bientôt arriver des Contrebandiers dans notre tribu, en quête de certaines potions : ils ont de la ressource et ne manquent pas de dappers.

Les Sans Loi ont été plus sensibles à l’aspect diplomatique mené en amont par Chei Pui Yan. Ce n’est pas étonnant, ils sont ouvertement hostiles à tous les pays, et avaient déjà des affinités avec la culture maraudeuse. Leur cheffe a demandé de prouver la force au combat de notre troupe, en allant détruire les deux groupes de bandits de la zone. C’était une tâche extrêmement simple pour les guerriers présents. Les deux peuples sont ravis d’unir leurs forces, échangeant homins et équipements. C’est une alliance tournée exclusivement vers la guerre.

Certains de nos alliés réfléchissent aux possibilités que leur offriraient les maraudeurs. Pour le moment, la Karavan ne réagit pas, ce qui en rassure certains. Nous savons quelle puissance de feu elle peut déployer, nous savons également qu’elle recourt rarement à la violence pour convaincre : habituellement, ses cadeaux suffisent. Ici, les Maraudeurs ont autant d’arguments puisqu’ils maîtrisent la téléportation et la résurrection, et ils ont des armes et armures de bonne qualité ; ils ont aussi plus d’agressivité, ce qui motive les tribus les plus guerrières et effraie les plus tranquilles. Cependant, depuis le temps qu’ils sont là, on ne peut pas dire que leur énergie ait eu beaucoup d’impact sur les nations. Les Matis ont encore un royaume, et le passage des Maîtres de la Goo à l’affiliation maraudeuse ne leur a pas permis de prendre une ville ou même un avant-poste à la Théocratie. Quant aux Puissances… Elles se contentent de déménager leurs installations, mais cela ne change rien de fondamental dans l’équilibre.

Il faut absolument se préparer à ce que l’attention des maraudeurs se tourne vers notre organisation à un moment. Je ne pense pas qu’ils nous laisseront tranquilles, vu les armes et le savoir que nous avons. N’ayant pas de statut officiel et peu de goût pour leurs jeux guerriers, je ne peux pas faire grand-chose pour les convaincre de regarder ailleurs. Je tente surtout de me faire oublier afin qu’ils ne viennent pas trop vite à nous, pas avant d’avoir eu tes consignes.

En même temps, entre eux ou la Karavan, est-ce que cela ferait une grande différence pour nos affaires ? Nous travaillons déjà depuis longtemps avec certains maraudeurs et cela ne s’est pas trop mal passé. Peut-être que leur élite finira par accepter un échange de savoir et que nous pourrons affiner nos modèles et nos prototypes.

Je reste à ton service et en attente de tes ordres pour la suite, tout en continuant les missions que tu m’as confiées.

Que tes nuits soient fertiles,

Yon Muai-Heo

#3 [fr] 

Extrait du rapport
Salutation Ba'Wity Codgan,

Aristacus Sanio, l’espionne maraudeuse infiltrée au camp du Nexus, a demandé aux maraudeurs d’intervenir pour récupérer certaines informations qui semblaient dissimulées. J’ai accompagné le groupe envoyé là-bas, dans l’objectif de profiter de l’escorte pour récupérer les échantillons que le Cercle voulait examiner.

Nous avons retrouvé Krikitheus Ibiton au camp kamiste du Nexus. J’étais plus que dubitatif sur le fait que des scientifiques des Nations aient découvert quoi que ce soit d’utile. Ils ont presque réussi à me surprendre. Krikitheus n’a pas fait trop de difficultés pour nous donner les informations manquantes. Je ne pense pas avoir été reconnu, mais je vais cependant éviter d’aller du côté de l’Académie impériale quelque temps, au cas où…

[…]


Les maraudeurs avaient rapidement massacré les gardes du camp kamiste : il n’y avait eu aucune difficulté à cette étape. Puis ils avaient tenté de faire parler Krikitheus, qui semblait peu sensible à la menace d’un couteau sous la gorge. Mazé'Yum avait observé les échanges, avant de se lasser. Après tout, il avait son casque et une armure qu’il ne portait qu’avec les maraudeurs. Il avait peu de chance d’être reconnu par la suite, et la situation s’enlisait. Les maraudeurs hésitaient à passer des menaces à la torture réelle.

Pour en connaître un bon morceau sur le sujet, le zoraï savait que si l’option était retenue, ça risquait d’être long, salissant, et que les plus forts en gueule étaient souvent les premiers à rendre leur déjeuner. Ce serait diplomatiquement très gênant : un maraudeur à l’orgueil blessé est toujours plus imbuvable. Par ailleurs, la scientifique semblait prête à résister un bon moment, bien qu’effrayée par les maraudeurs.

Il s’était avancé, et avait convaincu Krikitheus assez rapidement, en utilisant la plus vieille technique qui soit : menacer des proches. Il restait des scientifiques encore en vie, et tandis que Mazé'Yum manipulait ostensiblement une de ses fioles pourpres tout en choisissant qui il allait utiliser pour faire parler la fyros, cette dernière s’était effondrée en comprenant ce qu’il s’apprêtait à faire. La plupart des homins des nations savaient faire face à leur propre douleur physique, mais ne pouvaient pas supporter qu’on touche à d’autres "innocents". Trop facile. Il ressentait presque un peu de frustration à ne pas avoir pu gooifier un des zoraïs présents (probablement un kamiste en plus)… Mais comme ses potions étaient destinées aux Salinas, c’était aussi bien ; il aurait été ennuyé de devoir faire un aller-retour pour se réapprovisionner. De plus, ça n’aurait probablement pas eu beaucoup d’effet concret sur un homin, ce qui aurait pu entacher sa crédibilité par la suite.

Quant au fait de ne pas être reconnu, ça aurait été parfait si Oxxy, l’une des maraudeuses, ne l’avait pas appelé devant tout le monde par l’un de ses diminutifs. Bah, qui ferait le lien entre le scientifique bien habillé qui rencontrait parfois des citoyens du côté de certaines cités, et un maraudeur dans une armure moyenne qui mettait en avant ses cicatrices et surnommé "Maze" ? Tant qu’il n’allait pas pavaner devant les gardes impériaux sous ce pseudonyme et dans cette tenue…

Ils avaient ensuite retrouvé Aristacus près de la marchande Bixia. Cette dernière vendait ses fioles et ses fruits sans discrimination à quiconque avait des dappers. En attendant le retour des autres, Mazé'Yum avait parcouru les documents récupérés, avant de les rendre (un peu à contrecœur) à l’espionne.

Lu par Aristacus aux maraudeurs et matis présents
Rapport d’expédition N° 1 de la faille proche du camp

Comme prévu, nous avons éloigné les gibbaïs pour pouvoir travailler. Nous sommes descendus dans la faille et avons harnaché un volontaire pour faire une observation des parois de la faille. Il apparaît que des poils noirs, probablement appartenant aux gibbaïs, ont été trouvés sur les échardes des parois. Leur nombre était trop grand pour penser que le hasard de leurs chutes en soit responsable. Il semble donc que ces poils aient été arrachés alors que le groupe entier escaladait. Ajoutant à cela que ces gibbaïs n’étaient pas présents avant la formation de ces failles, nous pouvons en conclure que les gibbaïs des failles proviennent des profondeurs.

Ochi kami no.


Il y avait aussi eu deux drôles de matis dans le coin. Des Karavaniers, très probablement ; ils n’avaient pas fait mine d’aider les kamistes au camp, ou d’attaquer les maraudeurs, se contentant d’observer ce qui se passait. Un des maraudeurs disait que l’un d’eux était un diplomate. Ils avaient semblé très intéressés par les papiers que Mazé'Yum avait récupérés dans la tente de Krikitheus et avaient écouté la lecture publique d’Aristacus avec attention. Par la suite, les maraudeurs les avaient égorgés alors qu’ils tentaient de les suivre vers les Salinas. Mazé'Yum n’arrivait pas vraiment à considérer les karavaniers comme des ennemis (après tout, la Karavan aidait largement sa tribu et les matis étaient quasiment toujours ouverts à la vraie science) et avait presque regretté ce moment de violence gratuite… presque ; il n’était pas très à l’aise que des gens des nations puissent l’identifier dans ses actions avec les maraudeurs, et il était de toute façon surprenant que des étrangers aient été tolérés aussi longtemps.

Extrait du rapport de Mazé'Yum au Cercle Noir
[…]

Krikitheus cachait bien quelque chose ; une broutille, ou peut-être pas. Je te joins ses conclusions cachées, en addendum du compte-rendu public. Est-ce que savoir que les gibbaïs viennent des profondeurs va nous aider ? Je ne pourrais malheureusement pas suivre leur piste, je suis un très mauvais grimpeur. Nul doute que les sauvages des Nations le feront eux-mêmes ; il suffit d’attendre leur prochain rapport…

La marchande Bixa est favorable à tout type d’échange, c’est une ressource précieuse au Nexus. Après quelques tâtonnements, les maraudeurs ont compris comment se servir de ce qu’elle vend. La tactique est si simple qu’un enfant pourrait aller récolter la sève des Salinas. Il suffit de mettre des fruits de Salina (normaux) dans les auges près des failles. Les gibbaïs abandonnent alors les arbres géants un moment, le temps de dévorer les fruits. Pendant ce temps, il est possible d’approcher des arbres et d’y faire ce qu’on veut. Il faut juste garder un œil sur les gibbaïs et de partir avant leur retour. Je te joins aussi la fiole de sève récoltée sur place. Je n’ai pas eu le temps cette fois-ci d’injecter notre potion, et vu la facilité de l’approche, il me semble mieux de prendre notre temps et de préparer l’expérience proprement. Les cuttlers du Nexus ne sont pas plus méchants que ceux du Bosquet de l’Ombre, nos scientifiques sauront sans problème gérer ces inconvénients mineurs.

[…]


Mazé'Yum ne s’était pas vraiment plus préoccupé du Nexus après l’envoi de son rapport et des échantillons. Il n’allait quand même pas tout faire lui-même. Il avait déjà mis des jours à faire partir l’odeur de gibbaï qui s’attardait sur ses vêtements… Et il avait plus intéressant à faire que de trainer avec ces primitifs dégénérés. De toute façon, le Cercle ne lui avait pas demandé plus.

Last edited by Mazeyum (3 weeks ago)

#4 [fr] 

— Oui. Oui, mes rapports ont du retard. Mais est-ce que quelqu’un les a lus ? En dehors de noter s’ils arrivent ou non, je n’ai pas l’impression que quiconque s’en préoccupe.
— T’es ronchon, Maz. Des soucis avec tes recherches ?
— Oui. Et ça n’a rien à voir. Ou peut-être que si. J’ai perdu des années à courir après des pistes douteuses sur l’ordre de la tribu. Je reviens dans les Nouvelles Terres, je trouve des missions un peu plus intéressantes, je fais mon travail avec toujours autant de sérieux, je vous envoie mes rapports, je fais encore les missions les plus absurdes que vous pouvez me confier, je perds un temps fou sur tout ça au lieu de faire quelque chose de réellement utile et… quoi ? Au final, rien.
— D’habitude, ça ne te fait pas autant râler. C’est que tes maraudeurs t’embêtent encore ?
— Ces idiots ? Ha ! Autant donner du foin à des torbaks. Non, ils ne m’ennuient pas plus que ça : ils sont symptomatiques. La seule raison pour laquelle ils arrivent à implanter quelques camps pitoyables ici et là, et à convaincre des tribus, c’est qu’ils sont à peine moins lamentables que les Nations. Tous, tous les homins, qu’ils soient des Nouvelles ou des Anciennes Terres, sont un ramassis de crétins consanguins, de sang-mêlé dégénérés, d’abrutis de la pire espèce, de…

Jin laisse Mazé'Yum dévider sa hargne. Il sait que quand il part là-dedans, il faut juste le laisser parler et laisser les bouteilles à portée de main. Dans une heure ou deux, le zoraï redeviendra un peu plus fréquentable. Et puis c’est amusant de voir les épithètes qu’il peut trouver pour une hominité qu’il ne hait pas si fort. Pour le moment, le scientifique a juste besoin de déverser son mépris sur tout ce qui passe.

Plus jeunes, ils imaginaient recevoir les honneurs, devenir des grands noms de l’Écorce. Trouver comment compenser les défauts de la Magie Noire, libérer l’hominité de ses faux dieux, exploiter pleinement le potentiel de la Goo, unifier les Académies dans un savoir libéré de toute fausse moralité…

Leur maître ne les avait jamais cru capables de faire la moitié de ce qu’ils prétendaient, et il n’avait probablement pas tort. Malgré ça, ils s’en étaient bien sorti, par rapport à d’autres, et avaient même réussi à se faire reconnaître comme membres à part entière du Cercle Noir. L’un comme garde et l’autre comme larbin et chair à pâté, ce qui était certes très loin de leur ambition première… Mais ça leur permettait quand même de voir des choses fabuleuses.

— Et ton apprentie ? demanda Jin en profitant d’une pause dans la logorrhée. Elle aussi, elle t’énerve ?

Mazé'Yum s’assombrit :
— Je ne vois pas ce qu’il y a à en dire. Je n’ai même pas vu l’intérêt de mentionner son nom dans les rapports. On sait très bien ce que deviennent la majorité des apprentis.

Jin éclate de rire :
— Jia ? T’as peur que le chef te la prenne ? T’as raison, mais c’est pas en ne disant rien que tu la protègeras !

Il voit alors l’expression de Maz et craint un instant que ce dernier lui fracasse la bouteille sur la tête. Mais cela fait longtemps que le zoraï a appris à se contrôler, et il se contente de déclarer froidement :
— Pour une fois que j’en trouve une légèrement moins stupide que les autres… J’aimerais bien qu’on me la laisse jusqu’à ce que j’en ai fini avec elle.

Jin acquiesce, tout en sachant que ce genre de chose ne dépend pas de lui. Il y a cependant un point sur lequel il doit un peu insister. Il y a des rumeurs dans le camp, et si Jin perd son cousin, qui le régalera d’histoires fantastiques et de théories fumeuses ? Quel autre scientifique prendrait le temps de vider des bouteilles avec un garde ?
— Quand même, tes rapports… Ça ne va pas bien se passer, si tu continues à les oublier.
— Et quoi ? Je suis sûr que le chef en sait autant, si ce n’est plus, par les véritables infiltrés.
— C’est pas la question et tu le sais.
— J’en tire quoi ? Je n’ai même pas eu plus de dappers pour mes recherches, pas plus de cobayes, et même les bombes à goo, je ne les ai pas eus par la voie officielle. Je suis là pour faire le lien entre les tribus, le Cercle, les maraudeurs et les membres des nations les plus ouverts, et on ne me donne aucun moyen, aucune reconnaissance. Une mission énorme, impossible, rien pour l’accomplir, et par-dessus ça vous me demandez de garder un œil sur le Nexus !
— Si tu rejettes l’autorité du chef, c’est d’autres choses qui vont te manquer, dit Jin avec prudence et sans pointer le fait que son compère se donne plus d’importance qu’il n’en a réellement.

Mazé'Yum grommelle, grimace, jure encore un peu, mais finit par se calmer :
— Parfois, je me demande si toutes ces demandes ne sont pas là juste pour me rendre fou. Pour prouver qu’on ne vaut rien, que je ne suis qu’un zorai-goo mal né. Parce que je ne peux qu’échouer.

Il passe un doigt contre ses cornes trop courtes, aux angles trop réguliers pour être naturels. Un geste familier qu’il fait chaque fois qu’il a besoin de se rappeler les sacrifices consentis pour ses objectifs.
— Mais ils verront, Jin. Ils verront tous, un jour. Si les cendres du Dragon laissent quoi que ce soit de ce monde, ce sera grâce à moi…
— Ouais. Mais en attendant, tu vas faire ton dernier rapport ?
— Ça va ! Tu lui passeras demain !

***


Mazé'Yum reprends ses notes et essaie de réveiller ses souvenirs. Le temps a passé et c’est vrai que son dernier rapport date vraiment… Mais ce n’est pas comme s’il se passait des choses trépidantes. Le train-train : goofier des trucs, parler avec des fous de toute sorte, courir après des chimères, chevaucher le dragon. Un ennui total dont il faut essayer de faire un compte-rendu lisible.

Il commence par relire les notes du rapport envoyé lors de la dernière expédition maraudeuse.¹

Ce qui amenait à son rapport du moment. Après avoir écrit les salutations d’usage, il tenta de résumer de façon concise ses activités.
Extrait du dernier rapport de Mazé'Yum au Cercle Noir

[…]
Les Illuminés ont accepté que je m’installe quelque temps sur leurs terres pour mes recherches. Vu nos derniers démêlés avec la Théocratie, il m’a semblé sensé de faire mes expériences loin du Bosquet ; si les gardes tombent sur mon installation, ils ne feront pas le lien avec le Cercle. Et puis je ne vois pas l’intérêt de grignoter notre territoire avec la goo, alors que les Illuminés le voient comme une marque de piété.

Les effets de la gooification sur les femelles gravides sont fascinants. Les mutations des petits restent dans le domaine habituel, mais j’ai bon espoir d’arriver à quelque chose après quelques générations et sélections.

Du côté des maraudeurs, le clan nouvellement arrivé n’aura pas résisté bien longtemps. Ils ont quasiment tous renié les maraudeurs à présent, pour rejoindre les kamistes. D’autres maraudeurs semblent avoir complètement disparu : impossible de savoir s’ils cuvent dans un creux de l’écorce ou s’ils ont fini par épuiser leur quota de résurrection. Le camp aura été animé quelques saisons durant, avant d’être à nouveau seulement hanté par les Atimoskains. Quelques maraudeurs continuent de patrouiller dans les Primes, avec une abnégation qui force le respect : c’est là qu’on trouve les meilleurs. La politique de Chei Pui-Yan semble peiner à convaincre ces mous des Nouvelles Terres.

[…]

Mazé'Yum repensait avec une pointe de nostalgie à ce moment où la maraudeuse Oxxy avait commencé à prendre les choses en main. Un temps, il avait espéré que quelque chose bouge enfin dans sa faction d’adoption, voire même qu’ils deviennent assez forts pour se mesurer aux kamistes. Frapper des kamistes était devenu un plaisir trop rare ; Mazé'Yum n’était cependant pas fou² et savait quand la bataille était perdu d’avance. Il évitait donc d’aller chercher les dévots (surtout seul).

Hélas, la paranoïa et les luttes intestines au sein des clans maraudeurs épuisaient tout le monde. Y compris les plus motivés, comme cette Oxxy. Elle s’était démenée un bon moment, avant de jeter l’éponge en emmenant une bonne partie de son clan. Mais pourquoi, pourquoi avait-il fallu qu’elle aille ensuite rejoindre les kamis ? Il n’y avait pas pire traîtrise.

Mazé'Yum restait ambigu dans son rapport à sa faction d’adoption. Leur culture lui rappelait un peu sa tribu natale, en à peine plus subtil. Il les trouvait barbares, brutaux, sans raffinement, avec des goûts vestimentaires plus que discutables, et tous fous comme des frippos goofiés. Oui, c’était vraiment comme de retourner dans sa famille, tout à la fois confortablement familier et un peu lassant au bout d’un moment.

Mais ce qui le faisait rester (en plus d’un certain plaisir à critiquer leurs manières et leurs actions dans ses rapports et de l’indifférence qu’ils portaient à ses travaux, qui était reposante) était un point de détail : échapper aux deux principales Puissances pour la téléportation et la résurrection était l’assurance d’avoir une vraie indépendance dans ses recherches. Mazé'Yum était relativement certain que les maraudeurs continueraient de ramener sa graine de vie, quels que soient la quantité de goo qu’il manipulerait ou les secrets qu’il remonterait du fond des Primes. C’était un argument qui valait pour lui toutes les vexations, les moments de solitude et les défis lancés par des guerriers en manque d’activité.

Et puis il y avait actuellement une nouvelle fournée de recrues. Avec un peu de chance, ceux-là dureraient plus longtemps que les précédents.

Aux yeux du zoraï, les maraudeurs restaient le meilleur camp sur lequel parier pour que l’hominité conquière son indépendance. Peut-être qu’un jour, la magie Noire serait plus facilement accessible, les armes à goo moins dangereuses à fabriquer et manipuler, et que les tribus pourraient se soulever seules. Mais de toute façon, même là-dessus, les maraudeurs étaient plus avancés et avaient le mérite d’unifier les rebelles sous une même bannière. Ça n’était pas la panacée, mais ils restaient les moins pires. Pour le reste, les Trytonnistes se cachaient trop pour faire quoi que ce soit d’utile, les Nations suivaient béatement les Puissances et les Rangers se préoccupaient trop de cookies pour être utiles. Au moins, les guerriers d’Akilia ne rechignaient pas à se battre.

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