ROLEPLAY


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#1 [fr] 

didra trabnùk

Première partie

Deutheus Xalon n’est habituellement pas homin à se laisser distraire. Alors qu’il est caché dans un buisson, occupé à compter des bolobis de ce recoin du Nexus, il entend un cuttler grogner à quelques dizaines de mètres de sa position. Un cuttler qui grogne, ce n’est pas une première. Mais couvrant celui du prédateur, l’éclaireur entend un autre grognement, plus fort, plus rauque aussi. On dirait un ocyx, mais en plus guttural. Il sort donc de sa cachette pour voir de plus près. Tandis qu’il s’approche silencieusement de la source du bruit, le même grognement se fait entendre, auquel répond celui du cuttler.

Ce qu’il voit lui paraît d’abord complètement fou. Un cuttler fait face à ce qui ressemble à un homin croisé avec une bête poilue. Celui-ci à un genou à terre, crache au sol, puis se relève, chancelle, se reprend, lève le bras et d’un coup de poing frappe le cuttler qui s’apprêtait à attaquer. Cela surprend la bête un instant, qui hésite, recule et grogne de plus belle. Mais très vite, elle reprend son attaque sur l’homin. Il est désarmé, en sang, mais se met toutefois en position de défense, poings levés, prêt à en découdre.

Deutheus n’hésite pas, il attrape son arme et s’élance vers le cuttler. Le fauve semble hargneux, mais il en a vu d’autre, et il bénéficie de l’effet de surprise. Il ne sait pas si l’homin l’a vu, mais alors qu’il s’apprête à frapper la bête par-derrière, il sait qui il est. Son visage est barbouillé de sang et de crasse, ses cheveux sales laissent à peine entrevoir quelques vagues reflets roux, et ce qu’il reste de son armure ne permet pas d’y voir un quelconque insigne. Mais le cri glaçant qu’il pousse en empoignant le cuttler par le cou ne fait aucun doute pour Deutheus sur l’identité du gaillard.

CAL I SELAK !

Un légionnaire. Et des légionnaires roux, il n’en connaît qu’un d’encore vivant. Quoique ça fait longtemps qu’il ne l’a pas croisé dans les parages.
Il n’a pas le temps de penser plus longtemps qu’il est sur la bête et abat son arme d’un coup bref. Le coup est vif et taille la chair du cuttler. Celui-ci s’effondre dans un râle. Deutheus range son arme et observe à nouveau l’homin, qui continue de frapper à coup de poing le monstre au sol, comme s’il était encore vivant. Il n’a semble-t-il même pas vu qu’un homin l’a aidé et a tué la bête. Deutheus n’ose pas l’interrompre. Il y a une telle rage dans ses coups, alors qu’il continue encore et encore de crier et grogner, en martelant le cuttler.
L’éclaireur tente alors de l’appeler :

« Azazor ? »

L’homin s’arrête et lève les yeux. Il est au sol, les mains dans le sang du fauve qui a presque failli le tuer, si Deutheus n’avait pas été là.

« Azazor, l’akenak de Thesos ? »

Un seul mot sort de la bouche du légionnaire :

« fyrak »

Son regard devient vitreux, puis il s’écroule sur la bête morte. Deutheus observe autour de lui. Rien, pas un sac qui traine, un homin à terre ou quoi que ce soit d’inhabituel. Il prend alors sur lui de ramener le légionnaire au campement de la Compagnie de l’Arbre Éternel pour le soigner.

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#2 [fr] 

didra trabnùk

Deuxième partie

Au campement, Azazor est alité. De vilaines cicatrices parsèment son corps et du sang de tout un tas de créatures encrasse son armure et sa peau. Ses plaies, profondes, sont infectées et son armure est complètement délabrée. Il lui faudra du temps pour récupérer, mais la Compagnie de l’Arbre Eternel est toujours prête à aider les kamistes en perdition.

Les jours passent et le légionnaire ne dit pas un mot. Tout juste un akep quand on lui tend à manger ou à boire. Mais rien d’autre. D’où vient-il, pourquoi est-il dans cet état, impossible de savoir. L’homin a dû en voir de belles pour rester ainsi mutique. Souvent, il se pose près de l’ambassadeur kami de la tribu et reste là des heures, parlant dans sa barbe qu’il refuse de raser. Parfois, il va marcher autour du campement, sort quelque chose de sa poche, le tourne entre ses doigts, puis le range, sans oublier de lancer quelques regards méfiant autour de lui.

Après une semaine passée au campement à se refaire un semblant de santé, il remet son armure en lambeau, remercie d’un bref akep les membres de la tribu pour l’accueil et part en direction du sud.



C’est un homin à la mine triste qui arrive à Thesos. Trois jours de marche depuis le nexus, sans arme et avec les reins brisés. Lui qui il y a quatre ans ne jurait que par la ligne droite a depuis appris à louvoyer entre les bêtes sauvages. Il passe en trainant les pieds devant la capitaine des gardes de Thesos, Zean Krinn. Il ne lui lance pas même un regard et monte en peinant les marches de la forteresse. La caserne des légions est fermée et il a paumé la clé. Alors il attend devant l’entrée qu’un légionnaire passe par là.

Trois nouveaux jours s’écoulent, mais nul ne vient. Les habitants de Thesos continuent leur vie comme si de rien était, passant à ses côtés en lui jetant un bref regard. Qui est cet homin à la mine négligée ? Un mendiant ? Un ivrogne ? Personne ne le reconnaît. Il faut dire que son visage n’est plus le même. Plein de cicatrices, caché sous une barbe de plusieurs siècles, cela n’aide pas les habitants de Thesos à reconnaître celui qui fut autrefois leur akenak. Et son insigne des légions fyros a depuis longtemps disparu de sa kostomyx.

Il pousse un soupir en jetant les ossements rongés d’un yubo dans les marches qui mènent à la forteresse. Puis il se lève, enlève son armure complètement usée, la dépose délicatement dans la sciure et s’en va vers Pyr, habillé de simples haillons. Là, à la tombée de la nuit, il commence à raconter à qui veut l’entendre des histoires de dragons et de feu.

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#3 [fr] 

bavèchak fyrenran

Première partie

Avinos, comme tous les soirs, déboule à la patte du yubo. Le bar de Lydix Deps, c’est son antre, et il est bien décidé à passer la soirée à siffler ses trois litres de shooki. Mais ce soir, il en a vu une bien bonne avant de venir. Et comme d’habitude, faut qu’il partage l’anecdote.

« Eh ben, y’en a d’la compagnie ici. ‘ren pyr les buveurs de shooki ! Dis tu bois quoi toi ? Ouais d’l’essence d’ocyx ? T’as raison, ça vaut pas la shooki mais c’est d’jà bien meilleur que l’autre truc des trykers qui z’apellent bière là. C’est pas avec la bière que vous allez vous pinter la tronche moi je dis. Et t’nez, en parlant de se pinter la tronche, y’en a un qu’en tient une couche là-bas. Quoi ? Vous avez pas vu l’autre dingue sur la place du grand marché ? Il chante et il danse autour du feu. En voilà un qu’a dû s’en taper une sévère. Allez-y voir, moi, j’vais m’poser dans mon coin. J’ai trois litres de shooki à finir avant d’rentrer m’piauter... »

Justement, place du grand marché, c’est l’attroupement. Au centre de la masse de curieux, un fyros, pratiquement nu, danse autour d’un feu et chante d’étranges paroles. Ses bras se lèvent puis redescendent au rythme de sa voix caverneuse.

« Noir dragon, dans ta tanière nous te trouverons

Et sur ton corps d’écailles craquelées nous lirons

Ton nom qui résonne d’en bas jusque dans les cieux

ataluch i dechuk fyrak ! »

Des passants rient, d’autre font une mine de dégoût. D’autre encore regardent le fyros avec curiosité. Mais aucun ne reconnaît l’akenak de Thesos. Ses cheveux sont devenus gris et forment des tignasses épaisses. Sur son corps, de larges cicatrices forment comme un livre sur sa peau.

 

Soudain, l’un d’eux l’apostrophe:

« Et qu’est-ce t’y connaîs au grand dragon detal ? »

Azazor, car tel est son nom, se tourne vers l’impudent.

« Ce que j’y connais ? Mais MOI, je l’ai vu ! »

La foule pousse quelques hoquets de surprises. Des rires fusent également.

« Oui, je l’ai vu, aussi bien que je vous vois, tous, hilares, devant les propos d’un fou ! Et pourtant, écoutez mon histoire. Et après, vous pourrez juger de ma folie. »

Azazor prend à main nue une branche enflammée du feu qui crépite à ses pieds et l’agite en l’air. La fumée et les étincelles qui s’en dégagent font rire les enfants.

« fyrak, le grand dragon, le grand incendiaire, que de noms pour désigner une même entité. Quel fyros n’a jamais entendu parler de fyrak ? Vous homin, qui déambulez ici, croyez-vous en fyrak ? Ou avez-vous oublié ? Et toi l’ami ? Que sais-tu du grand incendiaire ? Y crois-tu ? Moi en tout cas, j’y crois.

Je n’ai même jamais cessé de croire en son existence. Et je n’ai jamais oublié la mission première de mon peuple : atalùch i dechuk fyrak ! »

Il se rapproche d’un jeune fyros qui le regarde avec de grands yeux.

« Sais-tu ce que ça veut dire ? atalùch i dechuk fyrak, ça veut dire chercher et tuer fyrak.

Telle est notre destinée. Telle est la seule voie du fyros ! Naitre, vivre et mourir pour trouver le dragon.

Cette traque va bien au-delà de l’empire et de ses piliers. Avant le premier empereur Dyros le Grand, les fyros déjà traquaient le dragon. Leur histoire est indissociable de la recherche du grand incendiaire. »

Il se tourne alors vers une patrouille qui passe non loin et crie :

« Oui, la quête du dragon est plus importante que la défense des piliers de l’Empire ! »

Les gardes font mine de ne rien entendre et continuent leur chemin de ronde.

« Et j’en suis persuadé, les kamis nous ont créé pour ça. »

Pointant sa branche enflammée vers la foule, il lance :

« Qui croit aux kamis ici ? »

Plusieurs mains se lèvent. D’autres semblent hésiter ou haussent les épaules.

« Et qui se pense assez connaisseur pour savoir ce qu’ils craignent le plus ?

Toi le zoraï ? On raconte que ton peuple est le plus proche des kamis, alors tu dois savoir leur plus grande crainte ? »

Le zoraï en question ne se démonte pas et avec le plus grand calme répond :

« la karavan bien sûr.

- Mais non, la goo ! rétorque un tryker.

- Moi j’dis c’est les inventions trykers leur pire terreur ! » s’écrit un fyros hilare.

Les rires éclatent de part et d’autre. Mais le conteur fouette le sol avec sa branche qui éclate dans un déluge de cendres rougeoyantes.

« Stupidités ! »

Il avance vers le zoraï impassible.

« Tu veux savoir mon ami, de quoi ont peur les kamis ? Je vais te dire ce qui les terrorise. »

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#4 [fr] 

bavèchak fyrenran

Deuxième partie

Il se rapproche alors très près de l’homin à la peau bleue et lui murmure :

« le feu »

Puis se tournant vers les autres :

« NEY, LE FEU ! FYREN !

Le feu est l’ennemi d’Atys. Il est donc l’ennemi des kamis.

Mais devant l’attirance des fyros pour le feu, plutôt que de nous empêcher de nous en approcher, les kamis nous ont appris à le domestiquer, afin de préserver Atys des flammes.

Ah je vous vois déjà, « mais le feu, on connaît, ce n’est pas si dangereux ». Ignorance !

Je ne vous parle pas des flammes que n’importe quel homin maitrisant un tant soit peu la magie peut créer. Pas ce feu commun, que même un matis est capable de créer. »

Disant cela, il se tourne vers un des rares matis présents.

« Non. Je vous parle du feu sacré, celui qui tue l’écorce, celui qui ravagea notre ancienne contrée de Coriolis. C’est celui-là même que les kamis ont en horreur. C’est ce feu-là que nous fyros, tentons de maitriser. »

 

L’homin blanc est sur ses gardes mais ne tient pas à reculer devant l’hirsute personnage qui enchaine :

« Et toi matis, as-tu peur du feu sacré ? »

L’homin, redressant le torse, secoue négativement la tête.

« Il t’attire alors ? Rêves-tu de cités en flammes ? »

Le matis veut protester mais on ne lui en laisse pas le temps.

« Moi, j’en ai rêvé toute ma vie. Peut-être parce que je suis fyros ?

Nous, fyros, forgeons par le feu, nous allumons des flammes grâce aux braises pour cuir nos aliments, nous nous éclairons en alimentant des flammes perpétuelles comme on peut le voir dans notre merveilleuse cité de Pyr. Ces braises, qui viennent des botayas de la forêt enflammée, nous seul savons les utiliser pour créer ce feu éternel qui brûle aux portes de Pyr.

C’est cet amour du feu qui attisa notre curiosité quand nous entendîmes jadis parler du grand dragon. Un être crachant le feu ne pouvait que nous fasciner. »

Il pose la main sur la tête du jeune fyros qui a les yeux encore plus écarquillés qu’avant.

« N’est-ce pas qu’il te fascine ce grand dragon ? Je le vois à tes yeux ardents. Ils brillent comme les flammes.

Hélas, du mythe du grand dragon, l’histoire a perdu ses origines. Nul ne sait quand les fyros en entendirent parler pour la première fois. Mais les plus anciennes traces que nous ayons de notre passé montrent que les fyros ont toujours été fascinés par lui, par l’idée de le traquer et de le tuer. C’est cette quête qui nous poussa à aménager dans le désert. Car intuitivement, nous savions qu’il devait être quelque part sous un point chaud. Nous sommes un peuple du désert, la chaleur est signe du dragon.

Oui je vous le dis, l’histoire, NOTRE histoire, est le fruit d’une traque. »

 

Il porte alors les mains à sa taille, rieur.

« Ah, ce n’est pas ce qu’on vous enseigne dans les écoles de Pyr n’est-ce pas ? On vous parle de belles histoires d’empereurs, de dates importantes, mais jamais comment notre peuple s’est construit autour d’une chasse légendaire.

Et pourtant, la poursuite du grand dragon a façonné nos villes, a construit notre histoire. »

Tous se regardent, éberlués. L’histoire fyros, une simple histoire de chasse au dragon ? Le conteur fou continue sa démonstration :

« Un exemple ? Si aujourd’hui encore la karavan n’est pas en bons termes avec les fyros, c’est parce que nous seuls avons désobéi à son commandement dans les anciennes terres qui était de ne jamais creuser vers les profondeurs de l’écorce. Mais nous l’avons fait, nous avons enfreint cet interdit suprême. Nous avons exploré en premier les primes racines. On raconte que les fyros, du temps de la guilde des gueules noirs, ont exploré et creusé de nombreuses galeries dans les terres de jadis. Bien sûr, la quête de fyrak ne s’est pas faites sans risque. Beaucoup sont morts. Peut-être certains d’entre vous pensent aux kitins. Le plus grand massacre dont notre curiosité serait la cause. Oui, je le vois dans les sourires narquois des matis ici présent. Et je vais vous surprendre matis. C’est en partie vrai. »

 

Des murmures montent de la foule qui commence à s’agiter.

« Ce sont les fyros qui les trouvèrent en premier. Nous avons la responsabilité du premier grand essaim. Mais on dit que nous sommes responsables de l’animosité des kitins envers nous. Je dis que c’est faux ! Les kitins seraient venus pour nous exterminer un jour ou l’autre. Les kitins colonisent. Ce qui est sur leur passage, ils le détruisent. Tôt ou tard, ils seraient entrés en guerre contre les homins. Nous n’avons fait qu’accélérer les choses. N’écoutez pas ces karavaniers qui vous disent que c’est la malédiction de Jena, que tout ce qui est arrivé résulte de notre désobéissance à ses règles. Ceux-là sont des tièdes qui ne comprennent rien au sens de l’histoire. »

Quelques protestations, principalement d’adeptes de la karavan, se font entendre.

« Vomissons les tièdes ! Oui, il y a eu des morts, oui, nous avons souffert. Et je dis : tant mieux ! S’il faut recommencer, alors plutôt deux fois qu’une ! Car derrière la souffrance de l’exil, c’est tout une destinée qui s’est écrite, pour le plus grand bien de l’hominité. »

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#5 [fr] 

bavèchak fyrenran

Troisième partie

Azazor se tourne vers un homin qui lui paraît sceptique.

« Tu ne me crois pas hein ? Je le vois à ton œil. Ce n’est pas grave, ton œil n’a pas vu encore. Il est aveugle. Mais moi j’ai vu.

Oui, le grand essaim a été bénéfique ! Oui, ceux qui sont morts ne sont pas morts en vain !

Notre quête de fyrak et ses conséquences ont soudé les homins dans une quête commune, celle de survivre. Puis c’est ensemble, sous l’écorce, que nous avons appris à vivre ensemble et enfin chercher un nouvel endroit pour nous installer, dans les nouvelles terres. Ce grand essaim qui hante encore les nuits des plus vieux d’entre nous, c’est une bénédiction ! Grâce à lui, nous avons découvert notre hominité, nous avons découvert que nous ne faisions qu’un. Ney, toi aussi le matis, tu es un frère à mes yeux. »

Le matis en question pousse un haut le coeur puis se reprend, tantis que le conteur enchaine:

« Comme je vous l’ai dit, la quête de fyrak a façonné l’histoire fyros, mais aussi celle de toute l’hominité. C’est pourquoi je vous le dis à tous, quelle que soit votre sève, la quête du grand dragon est la quête ultime. Celle qui doit tous nous rassembler. Oubliez les règles de vos dieux, de vos empires ou de vos royaumes. Oubliez vos ambitions personnelles ou vos guerres de clans. Seule la quête de fyrak doit être notre but, notre raison de vivre. Les kamis nous aideront, j’en suis persuadé. Comme ils m’ont aidé à survivre dans les profondeurs, comme ils m’ont guidé vers le dragon, pour que je puisse sentir son souffle chaud… »

 

L’homin pousse soudain alors un cri de douleur en se tenant les reins.

« Ce n’est rien… Une blessure qui a du mal à cicatriser... Cela fait trop de temps que je suis debout…. »

Disant cela, il se rapproche du feu.

« Mon périple dans la tanière du dragon...

Mais je n’en parlerai pas en détail ce soir. »

Il s’assoit alors dans la sciure, toujours plus près du feu.

« Un jour peut-être, quand vous serez prêt à l’entendre... »

On l’entend alors chuchoter :

« Les cendres du dragon, dans les profondeurs, ouvrent la voie vers la vérité... »

Voyant qu’il pense tout haut, il reprend son discours.

« Quand, au-dessus du gouffre du nexus, j’ai entendu un grondement venu des profondeurs, j’ai su que fyrak était en dessous, qu’il m’attendait. C’était comme un défi qu’il me lançait. Moi qui avais crié à qui voulait l’entendre que les tremblements d’écorce étaient un signe annonciateur de la venue de fyrak et qui n’avais reçu que moqueries, moi qui m’étais senti si seul pendant mes veillées au nexus, moi qui me sentais déjà si seul au sein même de mes semblables quand je parlais de quête du dragon, j’avais là l’occasion de montrer ce que valait ma foi. J’ai serré mon collier kamis dans ma main et... »

Se faisant, il montre son collier kami à la foule.

« Ce collier, la seule chose qu’il me reste. Et j’ai sauté dans le gouffre obscur.

Ce saut sans retour, cet acte de foi, c’était ce que les kamis attendaient pour être sûr que je sois l’élu. Celui suffisamment digne pour voir fyrak. »

 

Un fyros dans la foule demande :

« Et tu l’as vraiment vu ?

- Oui je l’ai vu, et les kamis m’y ont guidé. Je vois parmi vous les regards sceptiques, parfois moqueur... »

Il se lève lentement. Lui naguère si robuste, il paraît si frêle dorénavant.

« Vous n’êtes effectivement pas prêt à le voir, ni même à ce que je vous raconte ma rencontre avec le dragon. »

Quelques grommellements se font entendre dans la foule. Remettant le collier kami autour de son cou, il poursuit :

« Mais pour ceux qui ont la foi en ma parole, je vous apprendrai. Et quand vous serez prêt, je vous parlerai plus en détail de ma rencontre avec fyrak.»

S’apprêtant à craquer une perle, il lance enfin :

« Et un jour je vous le montrerai… Mais ce soir, il faut que je dorme. Demain j’ai rendez-vous à l’académie impériale. Des homins en rencontrer...

oren fyraï malos ! Et gardez l’oeil ouvert, fyrak rôde sous nos pieds. »

Azazor disparaît alors dans un halo. Les homins présents se regardent, surpris. Ce fou ? A l’académie impériale ? Beaucoup se dispersent. Quelques-uns restent à discuter. Cette nuit, la plupart rêveront aussi de cités en flammes. Et le jeune fyros aux yeux écarquillés rêvera même d’être englouti dans la gueule d’un monstre d’un autre âge. Un monstre de feu à la peau craquelée...



HRP: La suite en jeu

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