ROLEPLAY


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#1 [fr] 

La préparation de ces premiers essais avait été fastidieuse, mais il était temps de procéder à l’expérience en elle-même. C’était assez simple : prendre un frippo, le mettre dans un tonneau au trois quarts rempli d’eau claire, vérifier qu’il puisse nager. Fermer le tonneau, bien hermétiquement, avec le couvercle spécialement préparé, équipé d’un filtre.
Eeri renouvela l’opération dix fois, avec un petit pincement au coeur pour le dernier. Celui-ci était de toute façon condamné. Comme il lui avait dit, toute bonne expérience se doit d’avoir un sujet témoin, afin de vérifier que tout a bien fonctionné et afin de pouvoir le comparer aux différentes réactions de chaque sujet. Le dernier couvercle n’avait donc pas de filtre. Le petit animal, l’oeil brillant, légèrement apeuré par la situation, tremblait lorsque la fyrette le plaça dans l’eau, avec une douceur inhabituelle. Elle gratouilla la tête du petit animal, et referma doucement le couvercle, muni d’une simple grille.
Vite, elle appliqua sur le rebord des dix tonneaux de la sève chaude, afin de bien sceller les couvercles.

Le zorai attendait un peu plus loin, debout, impassible, tenant dans une main dix cordelettes, chacune reliée à un tonneau, dans l’autre une bombe à goo.

Tirer doucement sur une cordelette avait pour effet de libérer l’eau dans le bas d'un tonneau, afin le vider et créer un appel d’air à travers le filtre. Une lanière élastique en ligament de kirosta tressée était sensé refermer l’ouverture du tonneau dès que la cordelette était relâchée.
L’opération avait déjà été répétée à blanc, il était temps d’y ajouter sa composante essentielle.


Les deux avaient soigneusement noté les particularités de chaque filtre, et l’expérience se devait d’expérimenter des combinaisons de fibres très différentes.
Eeri pensait au départ écarter la possibilité d’utiliser des fibres d’anete et de shu, qu’elle jugeait trop fragiles, pourtant l’un des filtres combinait plusieurs épaisseurs de ces deux types de fibres de très haute qualité. On ne sait jamais. Restait la fibre de dzao, plus dense, et la fibre de buo, pour sa légèreté et son homogénéité, qui équipaient plusieurs filtres en différentes combinaisons et qualités. Trois filtres combinaient une fine fibre de buo avec des mousses de psykopla, de jubla et de stinga - il resterait à tenter l’expérience avec d’autres mousses si le résultat était convaincant.
Eeri avait aussi tenté d’équiper l’un des filtres avec des couches de peau de yelk et de gubani, de haute qualité, peaux qu’elle avait au préalable séchées, assouplies, et soigneusement perforées. Mazé’Yum n’y croyait pas, appuyant leur faible capacité à laisser passer l’air, mais avait laissé le filtre en place, par curiosité. Au mieux, ça pouvait fonctionner, au pire, l'animal allait simplement s’asphyxier. Ça lui ferait un sujet de moins à étudier.

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Eeri
"Quand on a le nez trop près de la bouteille, on ne voit plus le bar"

#2 [fr] 

Après qu’il fut sorti du tonneau, le petit frippo eut juste le temps de vider ses entrailles sur le pantalon du Zoraï avant de pousser un râle désespéré à en faire sortir ses yeux de ses orbites. Quelques secondes plus tard, il gisait sans signe de vie. Mazé’Yum utilisa un morceau de fibre qui trainait là pour essayer de sauver l’apparence de son pantalon blanc, et soupira :

"Il me semblait que ces bestioles résistaient mieux aux vapeurs de goo"
"Ce que je vois, c’est que le cercle a fait beaucoup de progrès dans la puissance de ses bombes…" grogna la fyrette. "celles-ci, ils ne les lâcheraient pas au milieu de leur camp."
"Au moins, on sera vite fixés sur la qualité de tes choix de filtres" répondit-il, presque le sourire au lèvres, "Déjà, s’ils n’ont pas tous la nausée…"
"change de pantalon, déjà, ça ressemble plus à rien… déjà qu’avant…"

C’était un désastre. À peine ils avaient sortis les frippos des tonneaux pour les placer dans des cages, que trois commencèrent à se dévorer les pattes avant, sous l’effet de la folie. Un autre était mort noyé, comme l’avait prévu le zoraï, visiblement sans avoir souffert de la goo, le tonneau ne s’étant pas assez vidé. La fyrette analysa plus tard que la proximité du filtre avec l’eau avait suffit à l’humidifier et le rendre totalement hermétique. Deux autres étaient en train de s’étouffer, un filet de liquide violacé s’écoulant de derrière leurs gencives, les veines des yeux gonflés.

Il en restait trois, qui semblaient encore tenir à peu près sur leur membres. Leur comportement laissait toutefois à désirer. Deux étaient toute de même légèrement agités, laissant apparaitre des signes d’agressivité, et l’autre semblait plus calme, le regard fixe et vitreux, mais réagissant au moindre mouvement.

"On va attendre que tes filtres soient légèrement plus au point avant d’y mettre un tryker"
"C’était le plan, il me semble. Et on va s’en tenir au plan, ça me semble plus sûr"

"Quand on veut être sûr de son coup, on cultive des shooki"

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Eeri
"Quand on a le nez trop près de la bouteille, on ne voit plus le bar"

#3 [fr] 

Un coup sec, comme elle avait du maintes fois les réaliser sur des yubos lors de son apprentissage du metier de bouchère à Pyr. Un coup sec au niveau de la tête, afin d’abréger les souffrances des plus mal en point. Aussi précautionneusement et rapidement que possible. Elle plaça chaque petit frippo dans la fosse qu’ils avaient creusé un peu plus loin, et les recouvrit d’une pelleté de sciure.

"Dommage qu’on ne puisse les faire ramener par la karavan, ceux-là. Ça t’aurait changé des fyros" siffla le Zoraï, sur un ton qui oscillait entre moquerie et sérieux. Il avait soigneusement sélectionné quelques autres frippos afin de les garder en observation.

Eeri préféra ne rien répondre et replongea dans sa liste des filtres utilisés et des différentes réactions, griffonnant des notes en murmurant dans sa barbe :

"psykopla, non. Étrange… Ou pas si étrange… analyser la combinaison 7 et comparer avec 6 et 5. Combiner filtre jubla avec fibres buo-dzao. Peaux de créatures, échec total… peut-être d’autres? on verra plus tard. anete, shu, un désastre… stinga pas trop mal à combiner aussi… reste à tenter shooki, cratcha, slaveni… Cratcha peut-être, ces plantes montrent une bonne résistance, il me semble… buo seule, sujet mort, dzao seule peu convaincante… combinaison buo et dzao à réessayer… à voir… … peut-être une combinaison avec mousse de stinga…"

Pendant quelques heures, elle nota et compara les résultats, et en sortit une liste relativement claire des prochains filtres qu’elle allait devoir réaliser et tester. Un instant elle songea qu’ils n’y arriveraient peut-être jamais, que cette goo était peut-être une chose tellement fine et impalpable… C’était autre chose que de faire un filtre de casque fyros protégeant du vent chargé de sciure, mais il y avait un petit espoir. Les frippos auraient pu tous être crevés, certains étaient vivants, un succès. Mieux, une surprise. Ça donnait aussi à Mazé’Yum des sujets gooifiés à étudier, et elle préférait ça que de l’imaginer travailler des sujets homins.

Ils allaient surtout avoir besoin de commander des matières premières. Ce serait déjà bien assez de travail et de temps pour réunir de quoi faire les filtres. Elle prit un morceau de peau de timari qui traînait là, et rédigea un court izam à la compagnie. Non pas que ça l’enchantait de faire appel à eux, mais ce serait la solution la plus rapide, et, l’espérait-elle, la plus discrète.
oren pyr,
Nous aurions besoin de :
50 tonneaux vides de bonne qualité
50 frippos adultes, en bonne santé et nourris correctement
Une centaine de mesures de sève ardente de choix.
Faites moi savoir votre prix et délais. Livraison demandée aux alentours de jen-Laï, avec discrétion.
Eeri

Elle souligna plusieurs fois le mot "discrétion" en espérant que Feinigan, ce tryker à la langue aussi pendue que sa bourse de dappers, ne sème aucune information au bar de fairhaven.

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Eeri
"Quand on a le nez trop près de la bouteille, on ne voit plus le bar"

#4 [fr] 

Néjimbé avait reçu la lettre, et informé les commanditaires que le matériel serait livré avant la fin de la saison. Réunir la commande prenait du temps et elle avait prévu le bon délai. Les tonneaux et la sève n’étaient pas un souci, mais les frippos avaient demandé des tractations avec des chasseurs. Difficile de trouver des gens qui comprenaient à la fois qu’ils ne devaient pas poser de questions (ou ne pas espérer de réponses) et capables de respecter une consigne simple : il les fallait vivants, les frippos. Ni trop bêtes, ni trop curieux…

Dans ces moments, Feinigan lui manquait. Il avait un don pour ce genre de chasse. Cependant, elle n’était pas encore prête à refaire appel à lui. Pas avant quelques décennies, probablement. Évoquer le tryker réveillait un agacement terrible. Cette histoire de frippo allait lui permettre de ne pas penser à lui pour un temps.

Amener la commande était un défi logistique comme elle aimait. Cinquante tonneaux et autant de frippos, ça prend de la place. Il y avait la possibilité de mettre plusieurs bestioles dans un grand sac, puis d’emprunter les téléporteurs avec, en s’occupant des barriques à part, plus simples à trouver en jungle. Mais un tas de frippos sauvages et réveillés dans une gibecière n’est vraiment, vraiment pas discret, et le scientifique avait ajouté par la suite une précision : « des frippos en bon état ». Donc les animaux allaient dans les barils ; avec de la paille et tant que le trajet comportait des pauses pour leur donner à boire, ils ne souffraient pas du voyage. Et les tonneaux allaient sur des mektoubs. Seulement les frippos étaient en forêt et la livraison devait se faire vers Jen-Laï : il n’y avait pas de chemin facile. Là aussi, il avait fallu trouver qui pouvait guider les mektoubs dans ces zones. Et puis, de la discrétion, cela voulait dire éviter de faire une caravane de dizaines de mektoubs. Ça aurait été ballot de se les faire voler par des bandits. Donc Néjimbé avait embauché divers mektoubiers, chacun avec une route différente, chacun chargé de mener un à deux mektoubs à la fois, chacun grassement payé pour ne pas poser de questions, et tous accompagnés de membres de la Compagnie en qui elle avait confiance. Multiplier le nombre d'homins engagés n'était pas la meilleure stratégie pour garder un secret, mais la guilde n'avait pas les ressources pour tout gérer en interne.

Autant dire que la note était salée. Ce n’était rien d’excessif au regard de ce qui était demandé, mais un bon prix tout de même, en grande partie dû à cette nécessité d’être discret. En même temps, c’était là l’expertise de la Compagnie. Néjimbé avait exposé le détail du plan aux commanditaires, validé le montant, puis avait lancé l’opération.

À présent, les innombrables tonneaux étaient réunis. Il y avait eu un petit moment gênant lorsque Néjimbé était venu contrôler la livraison de la marchandise. Entre zoraïs, il y a des choses qu’on ne cache pas, même si les autres homins n’étaient pas doués pour saisir ces subtilités. Elle n’avait rien dit en sentant la légère odeur de goo qui s’attardait dans la zone, mais Mazé'Yum était conscient de la chose et savait qu’une autre zoraïe le percevrait aussi. Il l’avait regardé attentivement, avec une certaine tension. Quelques rapides échanges de masque avaient suffi à exprimer tout ce qu’il y avait à dire. Ce n’était pas elle qui allait crier au scandale : elle se contrefichait de la goo ou de ce qui arrivait aux frippos. Et puis la Compagnie prenait soin de ses relations avec le Cercle Noir, qui étaient d’excellents clients et fournisseurs. La légère menace de Mazé'Yum avait alors disparu de son langage corporel. Pas besoin de grands discours pour se comprendre…

Les deux scientifiques lui avaient dit que la commande se renouvellerait. Néjimbé avait immédiatement lancé la suite de l’approvisionnement : cette fois, ils attendraient moins longtemps. Satisfaire le client était la priorité numéro un de la Compagnie.

Et sa priorité numéro deux, à elle, était de régler les problèmes internes… mais ça, ça ne regardait pas ses clients. Qu’ils se demandent où était Feinigan ; ce n’était pas elle qui leur répondrait.

#5 [fr] 

Le projet d’Eeri amusait bien Mazé'Yum. Cela faisait un moment qu’il n’avait pas eu l’occasion de faire des travaux pratiques et améliorer les filtres des armures était une bonne idée. Il gardait un mauvais souvenir du dernier tour de l’Esprit et comptait bien être plus préparé à leur prochaine rencontre.

S’installer au Nœud de la Démence était un risque, c’était son territoire de chasse. Mais vu qu’Eeri n’était pas zoraïe de sève, Mazé'Yum espérait qu’Elle les laisserait tranquilles pour l’instant. Il avait tout de même prévenu la tribu des Illuminés de leurs expériences, ce qui ne les dérangeait pas. Il n’avait évidemment pas averti la Théocratie, et leurs patrouilleurs ne passaient jamais là où ils s’étaient établis.

Il n’avait pas jugé nécessaire de détailler à Eeri la qualité des grenades qu’il avait prise. Après tout, son but était de trouver comment se protéger des gaz chargés de goo, donc ça ne servait à rien de tester avec des versions amoindries. Le seul risque était que tous les homins s’équipent des filtres d’Eeri y compris pour aller harceler le Cercle, et donc que les bombes deviennent obsolètes… mais il y avait toujours moyen de les rendre encore plus puissantes ou de ressortir du placard d’anciens prototypes d’armes si les homins se montraient trop zélés, et de bons casques permettraient d’aller récolter une goo plus pure.

Il y avait une faible possibilité pour que le nombre de grenades lâchées dans la zone finisse par créer un petit point de goo active, mais c’était absolument gérable.

Si une des bestioles survivait au traitement, cela voulait dire que le filtre de son tonneau était vraiment extrêmement efficace. Du reste, une partie s’en sortait relativement bien. Toutes avaient été empoisonnées, mais à des degrés divers. Pour certaines, c’était tellement léger que la contamination pouvait même avoir eu lieu à cause d’un défaut des barils. Il restait à reproduire encore et encore l’expérience jusqu’à être raisonnablement sûr.

Il avait disséqué certains des yubos et frippos qui avaient le mieux résisté aux expériences, en profitant pour expliquer à Eeri comment déterminer le niveau d’intoxication à la goo. C’était d’une simplicité enfantine : il suffisait de mettre le sang ou un autre morceau dans une ampoule d’ambre étanche, puis de voir l’évolution. Suivant la rapidité de décomposition et la vitesse d’apparition d’une certaine couleur pourpre, on pouvait estimer la quantité de goo dans le reste de l’organisme. La goo digérant d’autant plus vite ce qui était mort, ce test pouvait permettre de s’assurer si un homin était contaminé ou non, mais c’était une méthode risquée : le temps d’avoir un résultat visible, le contaminé pouvait être au-delà de tout espoir de guérison.

— Il vaut mieux donner un coup de dague en cas de doute, c’est ça ? ricana Eeri.
— En effet. Mais si je t’avais d’abord conseillé ça, tu ne m’aurais pas écouté plus loin.
— Et vos autres remèdes, ils servent à quoi alors ?
— La goo chez les homins, c’est compliqué. Croire autre chose, c’est prendre le risque de devenir aussi gâteux que Supplice. Je préfère une approche empruntant plusieurs voies, afin de réduire les probabilités au minimum. Certaines résurrections ne suffisent pas. Et puis les Puissances ne ramènent pas toujours les homins trop contaminés ; il vaut mieux faire baisser la quantité de goo dans l’organisme au maximum, voir l’éliminer sans avoir besoin d’elles.

Mazé'Yum gardait aussi en observation les frippos en meilleur état. Certains développaient au fil des jours les signes d’une intoxication, mais il ne se pressait pas de les supprimer. Il savait bien que la fyros regardait ça avec un air féroce et légèrement inquiet, mais tant qu’elle ne demandait pas…

Au bout de quelques jours, alors qu’un des frippos contaminés avait aspiré une partie de leur sève quand ils étaient passés à côté, elle avait fini par dire :
— Vous ne pensez pas qu’il y a assez de ces trucs sur Silan ? Vous allez les garder encore longtemps ? On voit bien qu’ils sont gooifiés.
— Certes, savoura le zoraï. Mais pas seulement. Tu n’as pas remarqué ? Ces spécimens ont quelque chose d’unique.

Observer les frippos voulait dire les approcher, et même s’ils ne pouvaient pas attaquer physiquement depuis leurs tonneaux (ils avaient utilisé les barils comme « cages » pour eux), ils aspiraient la sève avec frénésie, ce qui était désagréable et épuisant. Et ils sentaient mauvais. Eeri s’avança tout de même en serrant les dents et en se retenant de balancer sa hache sur les créatures. Elles étaient écœurantes, avec leurs bubons de goo et le pus qui en coulait, leur ventre gonflé, leurs chairs putréfiées, leur regard fou et leur acharnement à sauter pour essayer d’atteindre l’homine qui les regardait.

— Je ne vois pas, lâcha la fyros, et je n’y mettrais pas les mains.
— Un peu de patience, alors, jubila le zoraï. Dans quelque temps, ce sera évident. Un grand moment pour la science.

Eeri était inquiète, mais il n’y avait pas grand-chose à faire sans se fâcher avec le chercheur. Elle gardait un œil attentif sur cette expérience annexe, sa hache toujours à portée de main. Après tout, ce n'était que des frippos.

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