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Chroniques de la Première Croisade - ROLEPLAY - Ryzom Community ForumHomeGuest

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#1 [fr] 

Prologue de l'auteur derrière Bélénor Nébius


Les Chroniques de la Première Croisade font parties des nombreux textes compilés dans le Culte Noir de Ma-Duk, écrit par Bélénor Nébius, fidèle compagnon du Masque Noir. Elles racontent l’histoire de comment celui-ci, à la suite du Grand Essaim et de sa rencontre avec Ma-Duk, rassembla des survivants sous la bannière des Guerriers Noirs de Ma-Duk et entreprit la Première Croisade sur les Anciennes Terres.

Si la vérité historique des textes qui composent ce recueil n’a jamais été reconnue par les historiens d’Atys, Bélénor ne cessera au cours de ses écrits de confirmer la véracité de leur contenu.

Aujourd’hui encore le doute demeure. Après tout, comment prendre au sérieux l’histoire d’un zoraï au masque sombre, qui voyagea un temps en compagnie du Varinx Noir, et qui investit de pouvoirs kamiques, extermina les fidèles et les agents de la Karavan encore présents sur ces terres ravagées par les kitins ?

A une époque où citoyens et croyants ont depuis longtemps renoncé à se battre pour leurs idéaux, troquant leur déterminisme contre le misérable confort qu’apporte la passivité, et où agents divins et gouvernements ont oublié quels étaient leurs intérêts géopolitiques, les Chroniques de la Première Croisade passeront probablement pour une fable épique et violente inadaptée aux Temps Présents.

Mais dans l’ombre de la canopée, certains n’ont pas oublié l’époque glorieuse des Temps Passés, où les homins avaient encore des idéaux, et usaient de la verve, de la malice et des armes pour tenter d’influer sur le cours de l’Histoire.

Les Chroniques de la Première Croisade leurs sont dédiées, à eux et aux Rôdeurs d’Atys, les Guerriers Noirs de Ma-Duk de la Seconde Croisade, aujourd’hui disparus.

Edited 13 times | Last edited by Lyghan (2 months ago)

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Lyghan, Gardien du Culte Noir. Dernière victime de Kiriga et première victime de Ki'yumé, il emporta dans sa mort les secrets des Rôdeurs d'Atys.

#2 [fr] 

I - Un destin pavé de gloire


Le bambin ouvrit les yeux et commença à gazouiller. Agitant ses petits bras potelés, il chercha du bout de ses doigts maladroits la poupée de chiffon qui partageait ses nuits depuis sa naissance. Ne la trouvant pas, il gesticula afin de s’extraire de son cocon de draps, et attrapa les barreaux protecteurs de son landau pour se redresser. Comme bien des matins, il la trouva allongée sur le sol, la regardant d’un air déçu, mécontente d’avoir à nouveau été rejetée par inadvertance à l’extérieur du nid chaud et douillet. Il s’apprêtait à la rejoindre, moyennant quelques acrobaties, au moment où la porte de la pièce dans laquelle il se trouvait s’ouvrit. L’apparition matinale avait beau être récurrente, jamais il ne se lassait de l’incroyable beauté de sa mère. Oubliant totalement sa poupée, il battit des bras en rigolant, pressé de retrouver celle qui chaque soir lui était arrachée par son père. Derrière son masque, la zoraï lui rendit son sourire et laissa échapper quelques mots. S’il ne comprenait pas ses paroles, sa voix restait la plus belle des mélodies qu’il connaisse.

- Bonjour mon trésor. Encore une nuit agitée à ce que je vois.

Elle s’approcha du landau, ramassa la poupée puis lui tendit les bras. L’enfant, qui trépignait déjà d’impatience, imita son geste et rigola de plus belle lorsque sa mère l’attrapa par la taille et le fit décoller. Elle le fit valser quelques secondes dans les airs, l’embrassa sur la bouche, puis le colla contre son cœur.

- Aujourd'hui est un grand jour pour toi Pü. Maman croît en toi. Comme pour ton frère, le destin qui t’attend est pavé de gloire.

Le bambin se calma immédiatement au contact des lèvres et de la peau bleue de sa mère. Elle avait si bon gout. Elle sentait si bon. Elle était si douce. Ouvrant la bouche, il passa sa langue sur la chaire chaude pour capter les effluves suaves de la sueur maternelle. Tout en se dirigeant vers la pièce principale de l’habitation, la zoraï sortit de sa tunique végétale l’un de ses imposants seins, qu’elle tendit à son fils. Celui-ci ne se fit pas prier et attrapa à pleine main la courbe voluptueuse, tandis que sa bouche fondit sur l’extrémité dressée qui chaque jour le nourrissait.

L’habitation de Pü et de sa famille était composée d’une grande hutte circulaire, qui contenait la pièce principale, et de deux petites huttes flanquées sur la grande, contenant la chambre parentale dans laquelle dormait Pü, et la chambre de son grand frère. Les fondations de l’installation étaient principalement constituées de bois souple, de lianes et de diverses grandes feuilles sélectionnées pour leur imperméabilité. Après celle de Grand-Mère Bä-Bä, cette habitation était la plus imposante de la tribu. Au centre de la pièce principale trônait la table familiale, sur laquelle reposait une vaste quantité de nourriture variée. Autour de celle-ci, le père et le frère de Pü déjeunaient en silence. Pü fixait successivement les deux homins sans cesser de téter le sein de sa mère.

Il devina un sourire derrière le masque de son frère. Il n'était pas habitué à le voir ainsi. Il y a peu, son visage était encore nu, et affichait régulièrement de singulières grimaces qui n'avaient d'autres buts que de le faire rire. Pü aimait beaucoup son frère. Il lui faisait des chatouilles, jouait avec lui, et lui dévoilait d’incroyables chorégraphies acrobatiques, qu’il apprenait avec leur père, et qui plongeait le petit zoraï dans un état de surexcitation, qui avait don d’agacer leur mère.

Son père ne le regardait pas et continuait de manger en silence. Pü ne savait pas quoi penser de lui. Son grand masque noir lui faisait peur, et il ne se souvenait pas d’avoir déjà deviné un sourire derrière celui-ci. De plus, il l'avait déjà vu se comporter durement avec son frère, le frappant violemment avec des objets tranchants qu'il réussissait néanmoins à esquiver. Il l’avait aussi à plusieurs reprises surpris à malmener sa mère dans le lit parental, empoignant fortement ses cheveux, l’écrasant de sa puissante musculature, et lui donnant de violents coups de bassins, alors que celle-ci étouffait ses cris dans les coussins.

Pourtant, ni son frère, ni sa mère ne semblaient éprouver du ressentiment à son égard. Son frère continuait de considérer son père comme le modèle à atteindre, et sa mère terminait toujours leur bagarre nocturne par de tendres caresses et d’infinis baisers, que jalousait fortement Pü depuis son landau. Décidément, il ne comprenait pas. Et méfiant, il préférait que son père continue de l’ignorer, tandis que sa mère et son frère s’occupait de lui apporter amour et rires.

Le déjeuner continua en silence jusqu’au moment où son père prit la parole :

- Niï, termine rapidement de déjeuner et vas préparer nos tenus d’apparat s’il te plait. Pendant ce temps, ta mère va préparer Pü pour la cérémonie. Veille aussi à ce que nos armes soient correctement affutées.

Le jeune zoraï attrapa une dernière poignée de fruits secs en vitesse, se leva, et s’inclina devant son père.

- J’ai affuté nos armes hier soir avant le coucher père. Et je vais de ce pas préparer nos tenues.

Celui-ci lui répondit par un léger hochement de tête et se recentra sur le contenu de son assiette. Au même moment, sa mère se leva et décrocha Pü de son sein. Le petit, déjà bien rassasié, ne broncha pas mais continua malgré tout de malaxer le globe de chair pour maintenir le contact. Elle le changea, troquant ses langes souillés par la nuit avec une jolie culotte tressée. Quelques dizaines de minutes passèrent, et la famille était prête à partir.

Pü plissa les yeux lorsque sa mère sortit de la hutte. Sa tribu avait beau être installée dans l’une des racines d’un gigantesque arbre-ciel abattu, le plafond d’écorce, très abimé, laissait passer quelques rayons astraux à certains moments de la journée, dont un venait à l’instant de trouver l’oeil du petit zoraï, qui se réfugia entre les seins de sa mère. Sans lumière céleste, le village s’éclairait à l’aide de lampes contenant des lucioles. Si certains auraient pu qualifier l’ambiance de lugubre, Pü adorait quand sa mère l’emmenait en balade dans le village. Mais il se rendit rapidement compte que cette sortie n’avait rien d’ordinaire. Les autres membres de sa tribu étaient présents en nombre, et formaient un chemin reliant la hutte familiale aux hauteurs du village. Tous portaient leur tenue cérémonielle et affichaient une expression étrange sur leur masque. Au fur et à mesure que la famille avançait, menée par la mère de Pü, les habitants s’inclinaient avec déférence et rejoignaient le groupe.

Looï Fu-Tao était la diplomate de la Tribu de la Souche Maudite - comme aimait l’appeler les étrangers - chargée de maintenir des relations avec les Sages de Zoran. Elle était en réalité plus que tout la Première Prêtresse des Disciples du Culte Noir, et représentait l’ordre spirituel au sein du village.

Sang Fu-Tao était le Masque Noir, le Premier Guerrier des Disciples du Culte Noir, et représentait l’ordre militaire au sein du village.

Niï Fu-Tao était le premier né de Looï et Sang. Quelques mois après sa naissance, Grand-Mère Bä-Bä avait prédit son avenir : Lors d’un événement de grand ampleur pour Atys, Niï deviendra le nouveau Masque Noir, mais aussi le Premier Croisé de la tribu. Elu de Ma-Duk le Grand Masque, il sera autorisé à révéler le Culte Noir aux homins. Au cour de ses nombreux voyages, il fédérera les kamistes en les convertissant à la Vraie Foi, soumettra les athées, et exterminera les agents et les fidèles de la Karavan.

Quant à Pü Fu-Tao, le dernier-né, qui ne se doutait de rien et regardait les villageois d’un air étonné du haut de ses grands yeux noirs, sa destinée allait être révélée aujourd’hui. Lorsqu’il comprit qu’ils se rendaient chez Grand-Mère Bä-Bä, reconnaissant les ruelles entres les huttes, son cœur commença à s’emballer. Il n’aimait pas la vieille dame. Son masque décharné lui faisait peur, son odeur lui piquait le nez, et sa présence était associée à la maladie. Grand-Mère Bä-Bä était en effet la soigneuse et la voyante du village, qu’on allait voir pour trouver solution à ses problèmes. Si le couple Fu-Tao représentait l’autorité au sein de la tribu, tout le monde savait que Grand-Mère Bä-Bä était en réalité la voute centrale de la communauté. Alors que les sages de Min-Cho essayaient sans cesse de dissoudre la tribu, qu’ils prenaient pour une vulgaire secte violente déformant les vérités du Kamisme Jenaiste, et vénérant un dieu usurpateur, la vieille dame avait toujours joué de ses dons pour tenir ses enfants hors du joug de Zoran. On disait qu’elle était plus vieille que le plus vieux zoraï du pays, et qu’elle avait accouché chaque membre de la tribu.

Lorsque le cortège arriva devant la gigantesque hutte de Grand-Mère Bä-Bä, sur les hauteurs du village, Pü agrippa fort la tunique de sa mère, sentant les larmes montées. Looï l’embrassa sur le front, ce qui eut pour effet de le rassurer, et avança vers la grande hutte, son fils dans les bras. Pü eu tout juste le temps de jeter un regard derrière lui, pour apercevoir son frère lui faire des signes d’encouragement, avant que de grands rideaux obstruent sa vision, et que l’odeur caractéristique de l’habitation lui arrive au nez. Dans le fond de la pièce principale, Grand-Mère Bä-Bä s’apprêtait au-dessus d’une marmite posée sur un grand feu. Malgré son âge très avancé, elle était particulièrement vive et agile, sortant à toute vitesse diverses plantes et racines de la multitude de poches qui composaient son tablier. Rien ne laissait présager d’une telle vitalité, tant son corps livide osseux et sec était parcouru de profondes rides. Grand-Mère Bä-Bä repoussait sans cesse la mort, et tout le monde savait qu’elle devait ça à ses pouvoirs kamiques.

- Approche ma fille, dit-elle d’une voix caverneuse, sans poser le regard sur ses invités.

- Pose ton fils sur l’autel, je suis bientôt prête.

Obéissant, Looï s’avança vers une belle et large souche taillée. Lorsqu’elle posa délicatement son fils sur la surface ferme, rompant ainsi le contact maternel, celui-ci commença à pleurer.

- Ne le réconforte pas ma fille. Les larmes nourrissent les prédictions.

Le jeune zoraï ne comprenait pas. Il avait beau émettre des signaux d’alerte, sa mère ne réagissait pas, le regardant d’un air étrange. Quand le masque hideux de la vielle dame coupa le contact visuel, ses pleurs s’accentuèrent.

- Tiens le bien, et ne panique pas comme avec ton premier fils. Tout va bien se passer.

Grand-Mère Bä-Bä sortit de son tablier un poignard à la lame noire finement gravée, et attrapa délicatement la main du jeune zoraï. Au contact de la peau craquelée, Pü frissonna et commença à se débattre. Malheureusement pour lui, sa mère ne le laissa pas faire, et le maintint fermement. Qu’avait-il fait de mal ? Pourquoi devait-il subir tout ça ? Alors qu’il se sentait déjà au plus bas, le pire arriva. La vielle dame posa le tranchant de l’arme sur sa paume et referma un à un ses petits doigts sur la lame. Puis, elle appuya d’un coup sec. Électrisé par la douleur, Pü se mit à hurler, alors que sa mère le regardait d’un masque vide d’émotions, tout en forçant son maintien. Lui qui l’aimait tant avait cru son amour réciproque. Mais sans savoir pourquoi, elle le laissait à la merci de la sorcière, et participait à son calvaire.

- C’est bientôt terminé, il ne me reste plus qu’à récolter le précieux liquide. N’essaye pas de le calmer, la douleur donne de la force au sang.

La vielle dame posa le poignard sur l’autel et récupéra une petite bourse de cuir dans son tablier. Un à un, elle en sorti sept étranges dés, qu’elle passa sur la lame ensanglantée. Une fois la dernière relique bénite par le sang, elle incanta une formule. Alors, les étranges symboles qui composaient les faces des dés absorbèrent la lumière et s’animèrent. Pü avait totalement arrêté de pleurer, hypnotisé par le terrifiant spectacle qui prenait place devant ses yeux. La sorcière jetait à toute vitesse et sans interruption les dés sur l’autel, qui projetaient dans la pièce des fresques animés rougeâtres.

Pü contemplait une ronde composée d’homins et de kamis, danser sur les murs circulaires de la hutte. Il pouvait presque les entendre chanter. S’arrêtant brusquement, les kamis se déformèrent en de gigantesques gueules, et dévorèrent une grande partie des homins qui tentaient en vain de se débattre. La scène se concentra alors sur les survivants de la danse macabre, qui menés par un zoraï, gravirent une montagne de cadavres. La montée se faisait de plus en plus en dure, mais à chaque nouveau pas, de nouveaux homins rejoignaient la troupe. Finalement, arrivé au sommet, le zoraï brandit son épée et brisa d’un coup tous les astres du ciel. C’est à ce moment-là que les dés s’éteignirent et rendirent la lumière à la hutte.

Grand-Mère Bä-Bä regarda longuement Looï sans rien dire. La zoraï se pencha sur son fils et l’attrapa délicatement. Pü, qui semblait totalement ailleurs, reprit contact avec la réalité au moment où sa mère le colla contre sa poitrine. Son calvaire était terminé, et elle l’aimait toujours. Il s’endormit sur le coup.

- Tu sais ce que tu dois leur dire ma fille, dit la vielle dame sans quitter Looï du regard. Avançant de quelques pas, elle posa un doigt sur la main mutilée de l’enfant. La plaie se referma sur l’instant, ne laissant place qu’a une fine cicatrice.

- A partir d’aujourd’hui, notre avenir repose entièrement sur ton mensonge. Il est un mal nécessaire. N’oublie jamais.

- Je sais Grand-Mère… Merci pour tout, répondit-elle, la voix tremblotante.

Fébrile, Looï l’embrassa sur la joue, et se dirigea vers la sortie de la hutte, serrant son fils contre son cœur. Dans son sommeil, Pü pouvait le sentir battre très fort. Poussant les rideaux en s’avançant, elle fit face à tout son peuple. Chaque membre de la tribu la fixait d’un regard lourd, attendant le verdict. Elle évita soigneusement de croiser le regard de son mari, et par-dessus tout, celui de son premier fils. S’éclaircissant un peu la voix, elle prit alors la parole.

- Grand-Mère Bä-Bä a lancé les dés ! J’ai l’insigne honneur d’annoncer aujourd’hui les prédictions qu’elle a faite à propos de la destinée de mon fils, Pü Fu-Tao. Alors que son frère Niï deviendra le Premier Croisé, Pü l’accompagnera tout au long de son périple ! Il sera son Ombre, qui le conseillant à chaque instant, n'hésitera pas à sacrifier sa vie pour le protéger ! Loué soit mes fils ! Loué soit Ma-Duk ! Ce soir, nous festoierons à la gloire de la Première Croisade et des Jours Heureux !

Une acclamation sans pareil parcourue l’assemblée. Se réveillant en sursaut, Pü balaya la foule du regard. Celui-ci s’arrêta net sur le masque de son père. Le petit zoraï ouvrit grand les yeux d’étonnement. Pour la première fois, il devina son sourire.



Notes HRP :
- Ce texte est une fiction et n'a pas pour volonté de porter atteinte à l'univers de Ryzom. Si vous avez des doutes quant à ce qui est vrai ou faux, possible ou impossible, contactez l'équipe d'animation ou faites un tour sur le wiki https://fr.wiki.ryzom.com/wiki/Accueil.
- Vous trouverez au fur et à mesure de l'écriture des chapitres les versions illustrées ici https://drive.google.com/drive/folders/1aQrEhvrzECARbHwdTcxh6zq4o DU72Dz3?usp=sharing.
- Quant à l'aventure narrant la découverte du recueil contenant cette histoire, c'est ici https://app.ryzom.com/app_forum/index.php?page=topic/view/28654/3 #3

Edited 55 times | Last edited by Lyghan (2 months ago)

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Lyghan, Gardien du Culte Noir. Dernière victime de Kiriga et première victime de Ki'yumé, il emporta dans sa mort les secrets des Rôdeurs d'Atys.

#3 [fr] 

II - Mourir pour renaître


Pü courrait à toute vitesse sur la sciure du désert refroidie par la nuit noire, fuyant pour sa vie. Il avait déjà combattu des gingos alpha au cœur de la jungle, mais rien de comparable à la créature affamée qui le poursuivait. Sentant son haleine fétide se rapprocher, il se risqua à jeter un coup d’œil en arrière. C’est alors qu’il vit le gigantesque varinx noir lui bondir dessus, la gueule grande ouverte. Le zoraï esquiva son attaque d’une roulade expérimentée et dégaina sa lance. Le monstre s’était déjà repositionné et s’apprêtait à s’élancer à nouveau. Alors qu’il bondissait, Pü tenta de l’empaler avec son arme. Mais d’un coup de patte habile, il projeta la lance au loin qui alla se planter dans le sol meuble. L’enfant tenta d’esquiver à nouveau l’attaque, sans succès. L’énorme mâchoire de la bête se referma avec violence sur sa tête nue. Elle le secouait comme une vulgaire poupée de chiffon, alors qu’il se débattait et hurlait à la mort, sentant les dents du prédateur lui arracher le crâne.

- Pü, réveille-toi, tu dois lutter !

Le jeune zoraï s’extirpait de son cauchemar. Il s’était redressé et sa mère le tenait par les épaules. Recouvert de sueur, il porta instinctivement sa main au niveau de sa graine de vie. Une petite excroissance rigide était en train de perforer son os et sa chair au niveau de son front. Pü attendait ce jour depuis longtemps, et malgré les avertissements de ses proches, la douleur qui lui fendait en ce moment même le crâne était bien plus terrible que ce à quoi il s’attendait. Il repoussa sa mère et se leva en vitesse. Chancelant dans sa chambre, il s’aida du mur pour atteindre la porte et rejoindre la pièce centrale. Son père et son frère, déjà réveillés, étaient en train de revêtir leur tenue cérémonielle. Pü lu dans leur regard la confiance qui lui portaient. Il devait faire face, comme eux l’avaient fait en leur temps. Pourtant il le sentait, aux yeux de son père, il ne serait jamais que l’Ombre de son frère. Mais malgré cela, il savait le mérite qu’il y avait à porter ce titre. Le rôle qu’il aurait à jouer dans un futur proche serait fondamental. Oui, il serait l’Ombre du futur Masque Noir, et il devait en être fier. Car tout comme on ne peut entendre le silence sans le bruit, on ne peut voir la lumière sans l’ombre. Se concentrant sur cette idée, il régula sa démarche et essaya de chasser la douleur. Il fut pourtant traversé par un déchirement suraigu. Il s’écroula sur la table familiale et glissa sur le sol dur.

- Niï, relève ton frère ! Ensuite, va sonner le gong et… , cria sa mère avant que son mari ne l’interrompe.

- Ne fais rien Niï. Pü doit réussir l’épreuve seul, et tu le sais mieux que quiconque Looï. Aucune aide, même minime, ne doit lui être apportée.

Sa femme s’apprêtait à intervenir lorsque le jeune zoraï se releva.

- Père a raison mère, je dois y arriver seul. Ayez foi en moi, je saurais rendre honneur à notre nom.

Pü prononça ces quelques mots en serrant les dents, plissant les yeux pour réussir à se maitriser. Il sortit de la hutte sans regarder sa famille, et ramassa sur le seuil le seau sacré qui chaque jour était vidé et rempli de son eau, en prévention du grand moment. Se déshabillant, il se versa le contenu du récipient sur la tête, comme le voulait la tradition. En temps normal, la morsure de l’eau glacée lui aurait probablement parue insupportable. Mais alors que la brûlure de la pousse lui meurtrissait le visage, la sensation du liquide gelé fût presque salvatrice. Nu comme un nouveau-né et lavé de ses impuretés, il était enfin prêt à renaître durant le rituel. Mais fallait-il encore qu’il survive jusqu’à là.

Pü titubait en direction de l’endroit le plus sous-terrain de la souche, la place cérémoniale, s’aidant du décor pour progresser. Son affliction l’empêchait de contrôler parfaitement ses pas sur les allées tortueuses du village. Heureusement, il en connaissait tous les recoins, et savait éviter instinctivement les racines qui s’entremêlaient sous ses pieds. Il aurait pu s’y déplacer les yeux fermés, guidé par les dénivelés, l’odeur caractéristique de chacune des huttes, les cris nocturnes des volatiles qui s’étaient installés dans certaines niches végétales du plafond d’écorce, et l’écho envoûtant émit des puits d’abysses qui s’enfonçaient en direction des primes racines. S’il chérissait habituellement les promenades nocturnes, la traversée lui semblait infiniment longue, ponctuée d’impulsions de douleur qui partaient de son crâne et fendaient tout son être. L’une d’entre elle fut particulièrement déchirante. Ses jambes l’abandonnèrent au moment où il empruntait un escalier creusé qui menait au palier intermédiaire du village. Il dévala une grande pente, arrachant quelques racines au passage, et s’écrasa sur le sol de lichens froid. Il mordit son poing pour camoufler ses hurlements. Par chance, le gong n’avait pas encore sonné, et les villageois dormaient toujours. Personne ne serait en mesure de découvrir l’état pitoyable dans lequel il se trouvait.

En pleine crise de folie, Pü sentait les articulations de sa mâchoire se distendre, certaines de ses dents se déchausser et la peau de ses joues se fissurer, alors qu’il parvenait à enfoncer l’entièreté de son poing dans sa bouche. De sa main libre, il s’arracha une touffe cheveux, à sang. Ses yeux se révulsaient tandis qu’il convulsait sur le sol. Comment pouvait-il supporter une telle douleur ? C’était inconcevable, il n’y avait aucune chance qu’il y réchappe. Laissant de funestes pensées voiler sa raison, il s’apprêtait à abandonner. C’est alors qu’il le vit. Un Kami de la jungle était penché sur son corps. Ses grands yeux blancs habituellement vides ne l'étaient plus. Pü y lut la honte. Quelle misérable image était-il en train de donner à Ma-Duk ? Il salissait le nom de ses ancêtres. D’ordinaire d’un calme mesuré, le jeune zoraï éprouva une féroce colère envers lui-même. Il arracha furieusement son poing de sa gorge, emportant quelques dents sur le coup, et ne put s’empêcher d’expulser une nausée. Lorsqu’il se redressa, le Kami avait disparu. L’avait-il rêvé, ou était-ce un avertissement du Grand Masque ? Le regard de Ma-Duk pesait dorénavant sur lui, il le sentait. Pü cracha de la bile et du sang et reprit sa descente.

Il était quasiment arrivé à destination quand il entendit le gong tinter et vit les premières lumières s’allumer au cœur des huttes maintenant situées bien au-dessus de lui. Finalement parvenu sur la grande place, il s’agenouilla sur l’un de ses bords, difficilement, tant son corps était parcouru de terribles spasmes. Dans les profondeurs de la souche, la lumière se faisait plus rare, et le froid des primes racines remontait à la surface. La place cérémoniale était une large zone circulaire d’environ vingt mètres de diamètre, recouverte de copeaux d’écorces et totalement vide, hormis le gigantesque totem qui trônait en son centre. La structure était un impressionnant pylône de bois intégralement recouvert de masques zoraïs embaumés. Seuls les membres de la tribu ayant toute leur vie respecté les préceptes du Culte Noir de Ma-Duk pouvaient espérer apparaître sur le totem à leur mort. Survivre seul à la pousse du masque était l’un de ces préceptes. Il s’attarda sur chacun des visages, invoquant le nom de ses héros, et cherchant dans leur regard un moyen de diminuer son supplice. Il avait déjà répété sa prière un grand nombre de fois lorsque le premier membre de la tribu le rejoignit sur la place, alors que l’excroissance acérée commençait à transpercer ses arcades. Aveuglé par les céphalées et la sueur acide qui perlait dans ses yeux, le jeune zoraï ne réussit pas à distinguer le nouveau venu. Il dut attendre qu’il parle.

- Ne sois pas la cause d’un nouveau déshonneur fils. Si je t’entraîne tous les jours depuis que tu sais tenir une dague en main, je ne t’ai pas seulement appris à combattre.

C’était Ke’val, le frère de son père le Masque Noir, mais aussi son Ombre, à qui Pü devrait succéder un jour. Pü bénit la présence de son oncle. Il s’était arrangé pour arriver le premier sur la place et avait prodigué son conseil dissimulé à voix basse, pour ne pas risquer de se faire entendre. Le jeune zoraï devait seul surmonter cette épreuve. Toute aide acceptée serait considérée comme un acte de faiblesse et l’empêcherait à jamais de devenir un Guerrier Noir et d’espérer rejoindre un jour l’éternel totem aux visages. Comprenant le message caché de son oncle, Pü se mit en tailleur et ferma les yeux.

« Les Guerrier Noirs absorbent leur souffrance et s’ouvrent à la douleur. »

« Comme pour l’os, l’esprit devient plus solide une fois brisé. »

« Ma-Duk nous offre l'ultime douleur pour que toutes les peines du monde n'atteignent jamais ses soldats. »

Le jeune zoraï murmurait ces phrases à répétition en se concentrant sur sa graine de vie, foyer de son tourment. Comme lui avait appris son oncle, il n’essayait plus de lutter, laissant les vagues de douleur se propager de son front aux extrémités de son corps. Était-ce le secret ? Accepter la douleur comme une amie ? Ne faire qu’un avec ? Oui, c’était cela. Mourir pour renaître. Pü raffermit ses appuis et planta violemment ses doigts dans le sol pour se maintenir bien droit. Rouvrant les yeux, il s’attarda une dernière fois sur les masques de ces aïeux.

« Ne m’aidez pas à fuir ma douleur, offrez-moi la vôtre. Je la chérirais. »

À ces mots, ses ancêtres s’animèrent. Pü les vit s’extirper de leur prison de bois, tomber lourdement sur le sol et lui foncer dessus en hurlant. Un à un, ils plongèrent dans son front. Laissant la douleur le consumer, Pü perdait toute notion de réalité. Alors que ses yeux se fermaient, peut-être pour la dernière fois, il vit les grands yeux blancs du Kami noir, posé au sommet du totem. Pü y lut de la fierté et tomba en transe.

Autour de lui, toute sa tribu commençait à arriver des hauteurs du village, descendant les marches dans un silence religieux. Ils se placèrent progressivement en demi-cercle sur l’arc opposé à celui sur lequel Pü s’était agenouillé. La dernière arrivée fût Grand-Mère Bä-Bä, soutenue par la mère de Pü. La vieille dame était la seule autorisée à rejoindre l’autre demi-cercle. Se plaçant entre le petit être et le grand totem, elle leva sa main flétrie. Celle-ci contenait son jeu de dés. À son geste, toutes les lumières du village, pourtant déjà bien sombre, fusèrent dans sa paume. La petite boule de lumière, devenue rouge, captait l’attention de tous les zoraïs, qui bien qu’étant habitués, ne le lassaient jamais de cet ensorcelant spectacle. Elle souffla sur le petit astre, qui s’envola jusqu’au totem. Celui-ci s’embrassa instantanément et les orifices vides des masques s’illuminèrent. Grand-Mère Bä-Bä entama alors le rituel que chacun des présents avaient vécus dans leur enfance. Elle psalmodia de sombres incantations durant les heures qui suivirent en remuant ses mains d’une manière étrange, tandis que ses enfants fredonnaient en cœur des chants liturgiques. Au plus profond des ténèbres de l’immense souche, les ombres dansaient en cadence. Au loin dans la jungle, on pouvait apercevoir une lueur rouge sang se propager depuis l’énorme arbre-ciel mort, et deviner de sinistres murmures dans la plainte du vent. La Souche Maudite, comme on l’appelait, portait bien son nom pour les ignorants. Le spectacle hypnotisant ne semblait jamais s’arrêter, et aucun des zoraïs ne se seraient risqués à l’interrompre. Infatigables, ils fixaient le jeune enfant, toujours en transe, qui interrompait de temps à autre la monotonie du rituel avec des cris inconscients étouffés.

Un hurlant abîme crépusculaire étincelait devant les yeux de Pü. En avant, il vit le Kami noir filer à vive allure, et le suivit. Dans le vide bouillonnant qu’ils traversaient, un développement et une accélération du vague système tonal annonçait un paroxysme indescriptible et orgasmique. C’est alors qu’il l’entendit. L’explosion monstrueuse des chants liturgiques de ses ancêtres, qui concentraient dans leur sonorité immaculée toute l’effervescence primitive, fondamentale, du Grand Masque, qui couve derrière chaque fragment de matière. Jaillissant en réverbérations rythmiques qui pénètrent atténuées dans tous les niveaux d’être, et conférant partout sur Atys et par-delà sa canopée une terrible signification. Ma-Duk lui parlait, et le kami l’emmenait le retrouver dans les profondeurs du monde.

Mais tout cela disparut en un instant.

Pü se réveilla, transpirant, haletant, les sens désordonnés. Il ne savait pas où il était, ni pourquoi son corps souffrait d’une telle affliction. Autour de lui, d’étranges brumes se rapprochaient doucement. Instinctivement, il chercha son arme à la ceinture, qu’il ne trouva pas. Il se mit en position défensive, alors que ses sens retrouvaient progressivement leur place. Un corps s’échappa alors des brumes, et Pü réussit à distinguer son visage. Jamais il ne se lasserait de la beauté de sa mère. Meurtris de toute part, il s’apprêtait à se jeter dans ses bras, espérant trouver l’apaisement. Mais celle-ci l’en empêchât et prit la parole d’une voix qui peinait à voiler son émotion.

- Pü Fu-Tao, tu as réussi avec succès ton passage à l’âge adulte. Mais cette épreuve n’était que la première. Laisse-nous savoir, souhaites-tu devenir un Guerrier Noir de Ma-Duk ?

Le jeune zoraï, qui avait enfin repris ses esprits, passa pour la première fois ses mains sur son masque. Il était ferme et chaud. Malgré la douleur encore vive, il fut stupéfait de réussir à sentir les moindres circonvolutions de ses doigts. Son nouveau visage était beaucoup plus sensible que l’ancien. Voyant que sa réponse se faisait attendre et lisant le désordre émotionnel dans les yeux de sa mère, il affirma sans surprise.

- Oui, je le souhaite.

- Alors accepte ton nouvel équipement, dit sa mère.

Ke’val vint poser à ses pieds une amure légère, une paire d’amplificateurs magiques, une lance, une épée courte, une dague et un petit bouclier. Pü lut la fierté dans ses yeux. Il y a quelques années, son fils n’avait pas réussi l’épreuve de la pousse du masque. Rendu fou par la douleur, Grand-mère Bä-Bä avait dû intervenir et interrompre la cérémonie. Par ce fait, son cousin s’était interdit un futur glorieux. Pü fut très triste d’apprendre sa disparition quelque temps après, surtout lorsqu’il essaya d’en comprendre les circonstances. Et lui, son père l’aurait-il éliminé s’il avait échoué ce soir ? Chassant ces tristes pensées de son esprit, il s’équipa rapidement en silence puis porta à nouveau le regard sur sa mère.

- Voici ta stance de Daïsha, prends en soin, dit-elle. Nous sommes actuellement soixante-quatorze, et deux naissances sont à prévoir d’ici les prochains mois. Tu devras donc faire don de soixante-seize offrandes à la tribu. Tu peux y aller.

- Merci, mère, répondit-il la voix tremblotante.

Pü ne put alors s’empêcher d’écarter ses bras. Il devait enlacer sa mère. Mais surgissant de nulle part, son père s’interposa en lui attrapant le poignet.

- C’est une mauvaise idée Pü. Tu n’as pas besoin du réconfort de ta mère en cet instant. Tu dois surmonter ces épreuves seul, et trouver en toi la force pour… , dit-il sèchement avant de se faire interrompre sévèrement par sa femme.

- Sang Fu-Tao ! Le jour où tu réussiras à m’empêcher de serrer dans mes bras l’un de mes fils n’est pas encore arrivé. Jamais nous n’avons vu une performance aussi remarque, tu le sais aussi bien que moi. Alors satisfais-toi-en, car je te déconseille d’intervenir.

Le Masque Noir jeta un regard froid à sa femme, mais lui obéit sans rien dire, lâchant le poignet de son fils. Looï se jeta dans les bras de Pü qui la serra aussi puissamment qu’il put. Son masque frôla celui de sa mère, et le contact pourtant imperceptible lui procura des sensations jusqu’alors inconnues.

- Ce visage te va si bien, mon fils, murmura-t-elle. J’ai foi en toi, nous avons tous foi en toi, tu nous reviendras victorieux, je l’ai vu. Mais je t’en prie Pü, je te demande une seule chose : ne deviens pas un être assoiffé de sang. Fais-le pour Ma-Duk, mais jamais pour assouvir ton propre plaisir. N’oublie jamais. Tu peux devenir un grand soldat et rester mon gentil trésor bien-aimé.

Secoué par ces nouvelles sensations, ses paroles, et l’idée de l’abandonner si longtemps, Pü desserra son emprise et s’élança sans un mot vers les escaliers de la grande place. Il ne devait pas se retourner, il ne pourrait pas le supporter. Il gravit alors à toute hâte les niveaux du village, passa la grande et inquiétante brèche déchirée qui servait d’ouverture et qui faisait fuir les curieux, et disparu dans l’orée de jungle. Oubliant pour la première fois sa souffrance physique, il fonçait sans s’arrêter à la lumière des astres maudits de Jena, qui éclairaient sa route au travers de la cime des grands arbres. Il ne savait même pas où il se dirigeait, bouleversé par ce dernier moment passé avec sa mère. Arrivant au bout de ses limites, il s’écroula sur le sol feuillu et humide et se mit à hurler de douleur.

Son père savait. Ce moment de tendresse privilégié était une mauvaise idée, il avait eu raison. La douleur, ce n’était pas son masque, c’était son cœur.



Notes HRP :
- Ce texte est une fiction et n'a pas pour volonté de porter atteinte à l'univers de Ryzom. Si vous avez des doutes quant à ce qui est vrai ou faux, possible ou impossible, contactez l'équipe d'animation ou faites un tour sur le wiki https://fr.wiki.ryzom.com/wiki/Accueil.
- Vous trouverez au fur et à mesure de l'écriture des chapitres les versions illustrées ici https://drive.google.com/drive/folders/1aQrEhvrzECARbHwdTcxh6zq4o DU72Dz3?usp=sharing.
- Quant à l'aventure narrant la découverte du recueil contenant cette histoire, c'est ici https://app.ryzom.com/app_forum/index.php?page=topic/view/28654/3 #3
- Merci à Drumel et Namcha pour m’avoir transmis les informations qu’il me manquait à propos du masque zoraï et de sa pousse.

Edited 7 times | Last edited by Lyghan (2 months ago)

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Lyghan, Gardien du Culte Noir. Dernière victime de Kiriga et première victime de Ki'yumé, il emporta dans sa mort les secrets des Rôdeurs d'Atys.
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