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Ba lyf'al o Lakshmee - ROLEPLAY - Ryzom Community ForumHomeGuest

ROLEPLAY


Ba lyf'al o Lakshmee

Épéiste de guerre


On était encore au début du printemps, et il pleuvait depuis plusieurs jours. Tout était détrempé ici, les mousses et les herbes luxuriantes formaient un tapis très glissant, fallait faire gaffe, un coup d'épée de travers et on se retrouverait sur le cul. Nous observions à distance, du haut de la corniche surplombant une pièce d'eau. Je trouvais que la configuration des lieux avait un air de Chute Mystique, la cascade en moins. Plus loin là bas dans la chicane, on apercevait derrière le rideau de pluie les fameux prédateurs bossus et au nez retroussé, dressés sur leur hautes pattes.

Je rangeais mes amplis, enfilais ma lourde tan-ko, dégainais mon épée védice-duk, prête à engager. Mais Kaktus me dit d'attendre, et s'assit. Je me rapprochais de lui, il semblait très sérieux : l'heure n'était pas à roucouler. Je l'écoutais gravement, tandis que la pluie ruisselait sur mon masque.
- Lak, c'est ici que tu vas devenir une vrai tank, si tu relèves le défi que je vais te donner.

...


Pourquoi ai-je choisie d'être combattante à l'épée ? Au camp de Silan, je rêvais pourtant d'être magicienne ! Mais confrontée à la survie, il me fut plus facile de m'en sortir avec une lame, et j'ai fini par y prendre goût...
J'avais débarqué sur le conti avec la stavon "Feu et Colère" tout juste reçue en récompense, et même pas assez de force pour la manier.

Aux lacs, les stingas ont de quoi vexer tout épeiste en herbe : les combattre est une expérience vraiment surréaliste. Quoi ? je n'arrive pas a "toucher" une plante ? là devant moi ? Aussi me suis-je attaquée (défendue) plutôt à la faune carapacée. Mes premières proies furent les goaris, cloppers et kipees des environs. C'est plus dangereux, surtout les résistants cloppers et les assommants kipees, mais l'eau du lac me permettait souvent de rattraper les situations qui tournaient mal. Sous la bienveillance du jeune tryker Zoroark qui m'accueillit aux lacs, j’acquérais les compétences nécessaires pour me déplacer juste autour de Fairhaven, sans trop devoir serrer les fesses.

Mais la plupart du temps j'explorais l'étendue lacustre en solo, sauf quand je pouvais profiter de la compagnie des Hoodos, mes amis de toujours.

Je fis la rencontre d'autres chasseurs solitaires, par exemple comme le tryker Svan. Ah il était drôle avec son armure, on aurait dit une petite grenouille dans un scaphandre. Puis Svan entra chez les dragons noirs, et il se transformait à vu d'oeil. Son scaphandre fut changé en une éclatante ry-Tashok, comme le reste de son équipement. Attentionné, il m'offrait ses épées forgées par Shevek, à mesure qu'elles étaient obsolètes pour lui. Ça me changeais de la ronflante stavon que j'avais usitée que trop longtemps. Svan je ne t'ai pas recroisé depuis très longtemps, mais je me souviens tu vois.

Un beau jour, sur une île des chutes de la rosée, je fis la découverte d'un nouvel animal : le gnoof. Sa peau était bien plus tendre que la carapace, et ses coups de pattes moins frénétiques, des précédents crustacés. Sur ma petite île, au nord de Crysabell, j'avais tout : des gnoofs, des izams, des Ybers, des stingas. J'investis dans un mektoub ; quel plaisir de le promener derrière moi ça m'amusait. Je stockais mes prises sur son dos, à mesure que j'alternais mon type de chasse, à l'épée, au combiné dague/épée, ou en magie offensive. Cela me donnais ensuite tout ce dont j'avais besoin pour confectionner des armes et armures, que j'allais revendre à Avendale lorsque mon toub était plein.

Lorsque j'eu la force de manier une arme du 11eme cercle, Zoroark me fit cadeau d'une fabuleuse épée qu'il gardait précieusement dans son appartement. Une Flence ondulante suprême solide, confectionnée par Fatalitas. Elle était puissante, rapide, fendante, et surtout, qu'est-ce qu'elle était belle. C'est vraiment ma préférée. Depuis je l'ai léguée à mon amie Sylwa.

Dans les Eaux du repos, je poursuivais mes chasses solo, alternant entre bodocs, zerxs et izams, toujours avec un toubs pour stocker mes matières, faire des pauses craft le temps de récupérer, puis continuer, en alternant les proies et les types armes.

Tout ceci me mena entre le 8eme et 9eme cercle, trois fois : à deux mains, une main, et aux dagues. C'est à cette époque que j'intégrais la Lune Eternelle.

Mon petit train de vie fut vite chamboulé, et bien évidement ces fameux catalyseurs, avant si rare, et maintenant distribués régulièrement. Mais le plus important était de pouvoir participer rapidement à des chasses, en bénéficiant de l'incroyable expérience d'anciens. J'étais honorée d'être trimbalée un peu partout sur l'écorce dans leurs aventures.

On me fit découvrir les psykoplas de la jungle, qui contrairement aux stingas, étaient faciles à toucher avec une arme à deux mains. Je trouvais cela curieux. Mais sans plus de questions j'en fis des rondelles et des salades. Avec mes compagnons de même cercle, on les tronçonnait à se déboîter les épaules. Ces chasses nous gonflaient rapidement d'expérience, mais j'avoue que l'arrière goût était plutôt fadasse. La répétition est aliénante, et ... je me suis toujours demandée si Ma-duk avait fait exprès de donner cette forme si ressemblante à ces plantes, pour se railler de nous tandis que nous les pourfendions comme des sourds... nos propres cervelles ?

Et puis virent les cratchas.

- On s’entraîne ?
- ouai !
- où ?
- bah, au Vide.

Ah oui, le moins que l'on puisse dire, c'est que le Vide est plein : de chasseurs (et de foreurs).
Et j'en ai bouffé du cratcha, du terrifiant au dévastateur en passant par l'avide et le prodigieux. Tous les soirs il me fallait une bonne heure pour déloger un par un tous les petits barbillons qui étaient restés figés dans ma peau, et il m'arrivait régulièrement d'avoir le sommeil perturbé par des réminiscences du bruit "Pflopoflopoflop" de l'avalanche de dards qu'ils nous projetaient dessus.

Quelques autres chasses plus singulières me restent en mémoire. La panique des troupeaux de Timaris en foret enflammée, où je tranchais tout ce qui passait à ma portée, détalant sous les séries de grenades envoyées par Liverion. Ou encore mes premiers Najabs au bosquet de l'ombre, dans lequel malicieuse j'aimais trimbaler mes vieux amis Hoodos ou ma petite soeur de cœur Zargal -encore alors bien en deçà du 10eme cercle- pour me seconder, tandis qu'ils étaient ébahis par ces créatures immenses et ses paysages torturés. C'est pas mal les najabs, ils tombent assez vite, mais on est jamais à l'abri du risque de se faire engluer, et j'aime l'inattendu... quand on le maîtrise un minimum.

Et arrive un jour où les plantes ne suffisent plus, même en solo. Plus le choix, cette fois-ci il faut redresser la tête, observer et apprendre. Et première chose, on allait planter sa tente près de Souche Capitale (au Vide, bien sûr). Un endroit très romantique s'il en est... hem hem...

On commence par les grands najabs, ou les grands zerxs si on est encore un peu léger. Et il faut apprendre à aller les chercher. Tandis que le soigneur reste sur sa position, le tank court vers une proie, l'agace, revient vers son équiper tout en essuyant les premiers coups, fait volte-face à bonne distance et livre son combat à l'écart du reste de la harde. Une fois la série abattue, il faut dépecer les corps restant à terre, et dans le bon ordre s'il vous plait, sinon : punit ! Et puis ils reviennent, et on recommence.
- Attend toujours qu'ils aient commencé à bouger avant d'y aller.

Une fois qu'on a suffisamment de force et d'expérience, on les attires par deux. C'est amusant ça. Un seul agacement, mais il faut en ramener deux, et... pas plus ! On développe ses tactiques d'approche, on anticipe les mouvements. Le combat se livre en circulaire. Et toujours cette colle que les najabs nous projettent à la figure, venant pimenter la routine. Les corps des najabs s’empilaient à mes pieds en rangs serrés. On se saurait cru devant l'étale d'un poissonnier.

Et je fus prête pour les grands kinchers, les proies les plus rapides et au coup de patte le plus hargneux du Vide. En haut du coteau, à la barrière, à la pierre ou à la tour, les mages. Quelque part dans la pente, les Kinchers, souvent mêlés parmi d'autres kitins. Je prends une profonde inspiration, et dévale la pente. Je repère le kincher le plus proche, j'en attire un (puis deux) tout en slalomant entre les kipestas et kipuckas indésirables. Je remonte, toujours en slalom si nécessaire. Je regarde en arrière pour contrôler ce que je ramène : deux kinchers ou 4 ? Ou pire : un convoi de kipestas démoniaques ? Auquel cas je me laisse mourir à distance de mes équipiers. Focus sur mon soigneur, j'évalue la distance, 31m, je plante le talon dans le sol, volte-face, tranchant immédiatement ce qui me suit, déjà bien amochée par les bêtes qui n'avaient pas manqués de me gratter le dos durant l'ascension. Et c'est souvent à cet instant critique qu'elles tentaient de me griller à l'arc électrique, les saletés !

Plus exaltant ? c'est le pull de trois kinchers, pour un combat à deux tanks, en circulaire croisée.
- Tranche toujours celui qui ne te regarde pas, et alterne à mesure.
J'attaque celui qui attaque mon équipier, et lui de même. Les bêtes tombent en un temps record.

Une variante plus reposante, avec un équipier piquier par exemple, qui lui va ne porter qu'un coup sur chaque bête et se charger de toutes les allées et venues pour en ramener des nouvelles, de manière à ce que je tranche en continue.

Oh j'ai vu faire d'autres trucs aussi. Des fous furieux qui dansent dagues aux mains au milieu des kinchers, et les achèvent à l'enchant. Mais là, ce n'est pas encore pour moi !

La chasse la plus exotique ? Le bolobis inapaisé, tout là bas dans un recoin de Loria. Il est laid, il nous balance un gaz puant, il couine à chaque coup d'épée -et il en faut beaucoup- et se dégonfle comme une baudruche à la mise à mort. Faut le faire une fois, mais c'est tout.

...


Un éclair plus proche que les autres me fit sortir de ma rêvasserie ; je resserrais le pommeau de mon épée, contrôlais l'état de ma lame. J'étais aux grands jugulas, là bas au fin fond du bosquet de la confusion, et j'étais venue pour accomplir ma maîtrise de l'épée à deux mains.

Ces prédateurs étaient singuliers, pas seulement pour leur aspect physique, mais aussi leurs caractéristiques au combat. De brusques accélérations, une formidable allonge, pas très solides cependant, mais projetant de leurs naseaux un terrible poison.
- Tu dois les contrôler Lak, ils ne doivent pas me toucher. Pas les contrôler à 99%, mais à 100%. Si par erreur, je suis touché une seule fois par le poison, ce sera fini. J'aurais beau fuir, me réfugier dans la mare, il sera trop tard, le poison me tuera.

Le groupe de Jugulas est stationné dans un couloir étroit, semblable à ceux que l'on trouve dans la masure, comprenant une chicane. Impossible de les voir tous d'un coup. Ici pas de va-et-vient vers le soigneur. On avance et on découpe, on avance et on découpe, jusqu'au bout du couloir.
- Jusqu'à ta maîtrise, tu dois faire chaque série le plus vite possible, sans que je sois touché, voilà ton défi.

Kaktus me suivait de près pour les soins, la distance de sécurité habituelle était divisée par deux voir trois. De plus, nous nous n'étions pas reliés comme le font normalement les chasseurs. Il faisait cela pour moi afin de maximiser ma progression. Mais du coup Il m'était difficile surveiller ses ressources et sa vitalité.

Ce fut difficile. Combien de fois fus-je contournée et Kaktus frappé ? nous frisâmes plusieurs fois la catastrophe. Pourtant le jugula me ciblait !? mais au dernier moment il bifurquait et fonçait sur mon partenaire.
- Il faut les agacer Lak, en permanence. Et tu ne fais pas assez obstacle avec ton corps, ni n'utilise assez le terrain.

"Et ce n'est pas le moment de se reposer sur des attaques répétitives tout en pensant à autre chose !" ajouta-t-il.

J'essayais de mettre en pratique les instructions. Agacer ceux qui s'approchent. Me placer entre eux et mon soigneur. Les acculer contre les parois. Cela commençait à prendre forme.
- N'hésite pas à agacer le prochain tandis que tu termines le premier.

Je commençais à développer une méthode, J'attaque le premier, le repoussant en marchant vers lui, jusqu'à être à distance d'agacer un second, de l'accueillir en circulaire tout en finissant le premier, et ainsi de suite ; supprimant peu à peu les temps morts entre mes adversaires. Mais ce n'était pas si facile. Parfois ils bougeaient tous d'un coup et se déplaçaient vers nous. Ou encore, à cause de la chicane, je fus plusieurs fois surprise par un troisième jugula qui me tombait dessus.
- Qu'est ce que je dois faire ? quand il sont trois, je panique et ne les tiens plus !
- Si tu ne sais pas où il sont, concentre-toi. C'est facile, chacun peut sentir la présence de toutes graines de vie autour de soi. Il suffit de ne pas baisser l'attention.
- Oui mais, si par hasard il y en a un qui ...
- Concentre-toi, coupa-t-il, "et agace le plus proche d'abord".
- "Bon... anticiper" , me dis-je.

J'en m'en tirais pas mal, Kaktus était assez fier de moi. Je sentais que mon objectif approchait, je serais bientôt maîtresse à l'épée. Mais... un incident m'apprit a rester humble.

Parfois un ou deux grands cuttlers se mêlaient aux jugulas. Moins dangereux que ces derniers, ils n'en étaient pas moins pénibles, surtout qu'ils résistaient particulièrement bien aux coups d'épée. Aussi j'essayais autant que possible de les éviter, tout en attirant les jugulas restés derrière eux.

Cette fois là il ne restait de la série qu'un jugula horrible (moins dangereux que les grands) planqué derrière un grand cuttler.
Je baissais malheureusement mon attention, pensant que ce n'était là qu'une formalité.
Contournant le cuttler en rasant la paroi, j'essayais d'agacer le jugula par delà le premier prédateur.
Raté.
Enfin, l'agacement, réussi ; mais le contournement, raté.
Un cuttler, un jugula, ça fait deux ; rien de grave, je tranchais en circulaire.
Le cuttler m'attaque une fois, puis fonce sur Kaktus au premier sort de soin. Toub de mektoub ! c'était pas lui que j'avais agacé ni lui que je ciblais.
Serrant les dents et maudissant mon erreur, je restais à distance en m'énervant sur le jugula. Pas la peine de ramener celui là aussi sur Kaktus pensais-je. Comptant les secondes interminables, j'attendis d'être en mesure d'agacer le cuttler.
Kaktus était tout le temps interrompu pour les soins, à moins qu'il ne tentait de offer, et c'est ce moment que le jugu choisit pour m'empoisonner... et le sort pour passer, mais je ne m'en rendis pas compte ! occupée à surveiller ce qui se passait derrière.
A peine eu-je agacé le cuttler, qu'à ma grande surprise je succombais à la projection létale. Kaktus se retrouvait avec le cuttler et le jugu sur les bras.
Dans un rapide reflexe, il me bombarda d'enchantement, et me redonna quelque vitalité.
D'un bond, je fonçais vers lui, activant mon aura de mêlée, pour nous protéger.
Le cuttler et le jugu étaient déjà bien amochés, je tournoyais de nouveau en circulaire, protégée par mon aura, "ça allait passer" me dit-je, confiante.
Mais je ne vis pas que Kaktus s'était fait empoisonner à son tour.
Pas plus que je ne l'entendis, depuis sa demi-conscience le visage à moitié enfoncé dans la boue, m’interpeller dans un râle : "INVUUUU !".
Le réaliser me glaça la sève. J'oubliais l'invulnérabilité, j'oubliais l'auto-régénération. La seule chose que je fis, c'est courir vers la mare.
Ce ne fut que pour m'étaler à côté de mon partenaire...

Il fallut s'en remettre aux Kamis, puis refaire la longue et dangereuse route au travers du bosquet pour retrouver notre terrain de chasse.
Il fallut refaire plusieurs séries de Jugu pour s’acquitter de notre résurrection.

Puis je retrouvais mon rythme, et de plus en plus d'assurance. Mes sens étaient tournés vers l’intérieur d'où émanait une douce chaleur. La pluie glacée ne me gênait plus, pas plus que je ne me souciais de cette pataugeoire d'eau et de sève qu'avait engendrée mon incessant combat, ni ne souffrait des griffures et empoissonnements multiples occasionnés par les jugulas. Seul les battements de mon cœur et ma respiration régulière donnaient rythme à mes coups d'épée, laquelle était de plus en plus légère.

Soudainement, alors qu'un dernier jugula vacillait devant moi, le temps se figea. Les gouttelettes de pluie était comme suspendues dans l'air, que mon épée fendait d'un sillage parfait, achevant la bête d'un mouvement ralenti, séparant ses chairs. Hyperconciente, je voyais et entendais tous les détails environnants : les nervures sur les feuilles des arbres en contre-haut, le crépitement des gouttes perlant de la végétation, les petits insectes grouillant dans les mousses, l'odeur de le la sève imprégnant le sol, le pas de Kaktus qui retournait à notre point de ralliement, les muscles du jugula fléchissant un par un, la lueur évanescente de son œil fendu. Et de l'écorce s'éleva une clameur qui m'enveloppa entièrement, et pris à mes yeux consistance en une blanche lumière. Kami'lor, je venais d'atteindre le cercle ultime.

J'étais épéiste de guerre. Mes larmes se mêlaient avec l'eau de mon masque ruisselant encore de pluie, laquelle avait étrangement cessée, chassée par un nouveau rayon de soleil venant lécher la cime des arbres . Je restais un moment immobile, regardant les jugulas se fondre petit à petit dans l'écorce.

J'avais atteint ma première maîtrise, mais je n'en oubliais pas les paroles que l'on attribuait à nos maîtres de guerre tel Herakles ou Xylog :

"Au vingt-cinquième cercle, on est encore... qu'un débutant."


Spéciale dédicace à Kaktus !

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Lak She Me / La Lune Eternelle
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